Faire l'amour toujours

Les freins à la sexualité

Les freins à la sexualité

Les freins à la sexualité des plus âgés ne manquent pas et sont nombreux à pouvoir venir l’entraver, la ralentir, la perturber, voire la rendre impossible.

Le vieillissement sexuel existe-t-il ?

Le vieillissement inscrit profondément en nous des modifications de fonctionnement qui peuvent révéler tout autant de limites progressives à notre sexualité. Avec le temps, nos horloges biologiques semblent s’accélérer et installent de manière inéluctable dans le corps qui vieillit un déficit de plus en plus profond, sensoriel et moteur. L’altération progressive des cellules neurologiques et vasculaires entraîne globalement un émoussement sensoriel plus ou moins rapide selon les individus, avec la diminution de l’ouïe, de la vision, des cinq sens et d’une diminution de la capacité de perception des signaux sexuels.

Amortissement de l’excitation

Une étude récente (Colson, 2006[1])signale une redistribution avec l’âge des stimuli permettant l’excitation. L’odorat voit son rôle décliner de moitié dans le déclenchement de l’excitation (30% pour les 35-39ans, et 15% pour les plus de 70 ans). Il en est de même pour l’ouïe (12% de 35 à 39 ans et 6% après 70 ans). En revanche, la vue reste un sens très « déclencheur » de l’excitation, sans modification avec l’âge, y compris chez les plus âgés, et dans les deux sexes.

Avec le temps, on observe généralement une diminution à la fois de la perception des stimuli sexuels et de la réponse sexuelle par les organes effecteurs, chez l’homme comme chez la femme, comme cela avait déjà été objectivé par Masters et Johnson en 1966 [2].

Le niveau du seuil d’excitation, permettant le déclenchement des réactions sexuelles, s’élève au fil du temps, et chez l’homme, la période réfractaire entre deux orgasmes s’allonge régulièrement avec l’âge. Les réactions sexuelles dans les deux sexes ne disparaissent pas, mais elles sont comme amorties, décalées dans le temps.

Hormones

Chez la femme, les signes visibles de la ménopause marquent l’arrêt brutal de la fonction reproductive. Chez l’homme, rien d’aussi spectaculaire, mais la diminution des androgènes a commencé dès l’âge de 20 ans avec la baisse d’activité testiculaire et cortico-surrénalienne et va s’accentuer au fil du temps.

De récentes études ont bien démontré l’importance des troubles de la sexualité après 60 ans, ce qui semble aller dans le sens d’une limite d’âge pour la sexualité, en tous cas chez les hommes. Les troubles de l’érection augmentent nettement avec l’âge. 34% des hommes entre 60 et 69 en souffrent, pour 53% entre 70 et 79ans (Braun, 2000[3]). Il existe encore peu de recherches chez les hommes de plus de 80 ans, mais une étude de cohorte australienne donne 81% de troubles de l’érection chez les plus de 80 ans
(Pinnock, 1999[4).

Les maladies chroniques

D’autres repères corporels s’altèrent aux aussi progressivement et peuvent handicaper durablement la capacité d’action sexuelle. Après cinquante ans, l’incidence des maladies chroniques s’élève, et augmente régulièrement avec l’avancée en âge. L’association d’une affection chronique (Diabète, Hypertension, maladie cardiovasculaire, syndrome métabolique, ou autre) à la pathologie érectile chez l’homme a été parfaitement mise en évidence ces dernières années dans de nombreuses études de cohorte.

Mobilité

La diminution, voire la perte de mobilité, apparait assez tôt, et devient prépondérante avec le grand âge, affectant gravement le périmètre d’action sexuel. Les douleurs articulaires, sont déjà fréquentes à 16 ans (6,3% dans l’étude de cohorte de l’Ontario Health Survey qui porte sur 45.650 personnes), pour affecter 51% des plus de 75 ans (Badley, 1995[5]). Ces chiffres se retrouvent dans tous les pays occidentaux avec la même fréquence, et il a été rapporté un niveau de désir significativement plus bas chez les hommes souffrant de troubles rhumatismaux et de douleurs chroniques (Blake 1988[6]).

Vieillissement cognitif

Le vieillissement est aussi cognitif et installe peu à peu la diminution de performances intellectuelles et le ralentissement propre à la personne âgée, ainsi que ses répercutions inévitables sur le désir sexuel.

Aspect morphologique

Extérieurement, le vieillissement se marque dans notre corps par des modifications morphologiques inéluctables. Le déclin des hormones sexuelles joue un rôle important dans la modification de la silhouette, la fonte musculaire, et son remplacement progressif par l’augmentation des masses graisseuses, plus importantes, différemment réparties. L’apparition d’altérations cutanées et pileuses, rides, blanchiment des poils et des cheveux…sont autant de signes du temps qui passe, et qui nous installent dans un corps profondément remanié.

L’image du corps,

Tout autant que le corps lui-même, l’image du corps est amenée à de profonds remaniements. Notre corps vieillit, se modifie, mais plus encore l’image que nous nous en faisons, et nous nous voyons comme les autres nous voient. Pour certains auteurs « Se voir "vieux" et être "vieux" dans le regard de l’autre confronterait l’identité du sujet et provoquerait une sorte de "crise d’identité" qui nécessitera au niveau du Moi un travail de deuil » (Herfray, 1985 [7]). L’altération de l’image du corps est souvent citée comme un frein à la sexualité des plus âgés, autant par eux-mêmes que par leur entourage. Chez les femmes, en particulier, l’impact d’une image du corps négative a des répercussions directes et tout aussi négatives sur l’excitation sexuelle. (Seal, 2007 [8]). Pour Erving Goffman [9], le regard de l’autre est une donnée majeure dans le maintien de sa propre identité. La « présentation de soi », exprimée par nos comportements, notre habillement, nos propos, etc., vise à donner une certaine image de soi dont on attend qu’elle soit confirmée par autrui, et qui est essentielle à la capacité d’intimité conservée.

Le poids des représentations de la vieillesse

Mais le vieillissement physiologique n’est, paradoxalement, pas le facteur le plus décisif limitant de la sexualité des plus âgés, car il n’explique pas à lui tout seul l’extrême variabilité des états de vieillesse, ni celle de la manière dont chacun vit sa sexualité au même âge. Si l’émoussement sensoriel progressif est responsable d’une lenteur à l’excitation, il n’interdit pas véritablement ni l’érection de l’homme, ni la lubrification chez la femme, sauf dans certaines pathologies.

Les possibilités d’action sexuelle ne se perdent pas avec l’âge, mais ont plutôt tendance à se modifier en profondeur. Le devenir sexuel semble donc se jouer davantage sur le vécu individuel de chacun et des codes et habitudes culturelles en vigueur dans une société donnée, bien davantage que sur les seules modifications concrètes liées à la vieillesse.

Dans la vaste étude épidémiologique conduite par le sociologue américain Edward Laumann en 2004 pour évaluer la sexualité de 26 000 hommes et femmes de 40 à 80 ans dans 29 pays, 70% des hommes et 64% des femmes affirment que la capacité à avoir des relations sexuelles diminue avec l’âge[10]. Les mêmes personnes, interrogées sur l’âge auquel la sexualité devrait théoriquement s’arrêter, citent régulièrement la décennie qui suit directement celle de leur âge personnel. Pour nombre d’entre nous, il existe donc une limite d’âge à la sexualité humaine, qui concerne un avenir assez peu défini, mais apparaissant pourtant comme inéluctable. Cette croyance, bien plus que le vieillissement sexuel lui-même, est de nature à limiter la sexualité des plus âgés et à entraver une intimité sexuelle durablement partagée.

Notre inconscient collectif entretient encore aujourd’hui une image hollywoodienne de la sexualité, éternellement figée dans le destin de ceux qui resteront à jamais jeunes et beaux. La sexualité des personnes âgées, est déplacée, ridicule, transgressive, voire dangereuse pour la santé : « La vieillesse est condamnée à une continence indispensable à sa survie », affirme Debay, en 1857 dans sa « physiologie du mariage » [11] . Aujourd’hui encore, Robert Butler, qui a obtenu le prix Pulitzer pour son livre « Why Survive ? Being Old in America » (Butler, 1975 [12]), affirme dix ans plus tard, que les personnes âgées ont tendance, à une large majorité, à penser qu’elles ne peuvent ni inspirer, ni éprouver de désir (Butler, 1994 [13]).

L’un des écueils les plus importants à dépasser pour conserver son pouvoir de séduction et sa sexualité avec l’âge est en fait l’absence de modèle adéquat pouvant correspondre aux réalités d’aujourd’hui. Dans nos représentations, la séduction, comme la sexualité, restent réservée à la jeunesse. La sexualité des personnes âgées, limitée dans son expression par le vieillissement cognitif et physiologique, a longtemps été stigmatisée par nos sociétés occidentales et natalistes. Toujours très marqués par ce type de représentations, nous avons encore du mal à nous en libérer et à vivre notre sexualité au rythme de nos désirs et de nos possibilités concrètes, souvent intactes ou renouvelées. Comme dans beaucoup de domaines aujourd’hui, le réel est en train de dépasser nos représentations et souffre de l’absence d’un support théorique lui permettant de se renforcer véritablement.


[1] Colson M-H, Lemaire A, Pinton P, Hamidi K, and Klein P. Sexual behaviors and mental perception, satisfaction and expectations of sex life in men and women in France. J Sex Med 2006;3:121–131.

[2] Masters WH, Johnson VE. « Human Sexual Response"Boston, Little, Brown, 1966 / trad. Française "Les réactions sexuelles", Paris, Laffont, 1968

[3] Braun M, Wassmer G, Klotz T, Reifenrath B, Mathers M, Engelmann U. « Epidemiology of erectile dysfunction: results of the 'Cologne Male Survey »'. Int J Impot res, 2000 Dec;12(6):305-11.

[4] Pinnock CB, Stapleton AMF, Marshall VR. « Erectile dysfunction in the community: a prevalence study ». Med J Aust 1999; 171: 353-357.

[5] Badley EM, Webster GK, Rasooly I. « The impact of musculoskeletal disorders in the population: Are they aches and pains? Findings from the 1990 Ontario Health Survey ». J Rheumatol 1995; 22(4):733-739.

[6] Blake DJ, MaisiakR, Koplan A, Alarcón GS, Brown S. « Sexual dysfunction among patients with arthritis ». 1988, Clin Rheumatology. 7 (1)

[7] Herfray C.- 1988 « La vieillesse, une interprétation psychanalytique », Ed. Desclée de Brouwer, , 229p.

[8] Seal, BN, Meston CM, (2007), The impact of body awareness on sexual arousal in women with sexual dysfunction, J sex Med;4-900-1000

[9] Goffman, Erving. -1974. Les rites d'interaction / Erving Goffman ; trad. de l'anglais par Alain Kihm. - Paris : Ed. de minuit, - 230 p.

[10] Laumann EO et al. « Sexual problems among women and men aged 40–80 y:prevalence and correlates identified in the Global Study of Sexual Attitudes and Behaviors ». Int J Imp Res (2004),1–19

[11] Debay Auguste, 1857, « Hygiène et physiologie du mariage, histoire naturelle et médicale de l'homme et de la femme mariés dans ses plus curieux détails », E. Dentu, Paris

[12] Butler RN 1975« Why Survive? Being Old in America », New York: Harper and Row,

[13] Butler et al 1994 « Love and sex after 60: how physical changes affect intimate expression. geriatrics Sep;49(9):20-7

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