Santé Sexuelle au Féminin

Troubles du désir et de l’excitation sexuels féminins :
Y a-t-il des traitements pharmacologiques efficaces ?

Gilbert Bou Jaoudé

Les troubles du désir et de l’excitation sexuels sont parmi les dysfonctions sexuelles féminines les plus fréquentes, pouvant concerner 20 à 30 % des femmes. La baisse ou absence de désir et/ou d’excitation sexuels est un motif de consultation particulièrement fréquent auprès des sexologues. En effet, dans la plupart des cas ces difficultés sexuelles sont source de souffrance pour les femmes et d’une dégradation de la qualité de vie sexuelle avec un impact parfois majeur sur le bien être personnel et la relation de couple.

Malgré la fréquence des troubles du désir/excitation sexuels et leur impact négatif, nous disposons de nos jours de très peu de traitements pharmacologiques dans cette indication. Plusieurs éléments pourraient expliquer cela : les troubles du désir/excitation sont considérés comme étant souvent d’origine essentiellement psychologique ou relationnelle, la difficulté d’avoir une définition universellement admise et satisfaisante des troubles du désir/excitation féminins, le manque de connaissance de la physiologie de la libido « normale », la complexité et multitude des neurotransmetteurs et hormones impliqués dans la libido féminine etc

Même si en France nous ne disposons pas d’un médicament ayant une véritable Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) dans cette indication, certains traitements sont parfois proposés par les spécialistes aux femmes consultant pour une baisse ou absence de libido.

Cet article est une mise au point sur tous les traitements existants : ceux pouvant améliorer indirectement la fonction sexuelle, ceux développés spécifiquement pour la libido féminine, ceux utilisés dans cette indication en les détournant de leur indication initiale et ceux en cours de développement pouvant prochainement être commercialisés (l’ensemble des traitements est résumé dans le tableau ci-dessous)

Traitements améliorant indirectement la sexualité

Traitement utilisés hors AMM
(hors de leur indication initiale)

Traitements spécifiques du désir/excitation sexuels féminins

Traitements en cours de recherche et de développement

Traitements d’une cause possible de baisse de la libido (Thyroide, Prolactine, Dépression…)

IPDE5 (Viagra, Cialis)

Flibanserine

Bremelanotide

Traitement Hormonal Substitutif de la Ménopause

DHEA

Zestra

Testostérone

Sport et sommeil !

Anxiolytiques/Antidépresseurs

Phytothérapie

Autres

Traitements pouvant améliorer indirectement le désir/excitation sexuels

Traitements d’une cause médicale de la baisse de la libido

Chez certaines femmes, le bilan réalisé suite à une consultation pour troubles du désir/excitation sexuels peut révéler des anomalies pouvant être à l’origine de ces troubles ou pouvant y contribuer de façon partielle. Le traitement de ces anomalies révélées peut alors contribuer à améliorer la sexualité en améliorant donc une des cause des troubles. C’est par exemple le cas des traitements d’une anomalie hormonale (Thyroide, Prolactine) ou encore le traitement d’un syndrome anxio-dépressif.

Traitement Hormonal Substitutif (THS) de la Ménopause

  • Estrogénothérapie : l’Estrogène prescrit comme THS est souvent rapporté comme ayant un impact positif sur le désir/excitation/plaisir sexuels et sur la fréquence des rapports sexuels ainsi que la satisfaction sexuelle. Mais son utilisation est confrontée aux controverses concernant sa sécurité au long terme. A noter qu’une mise au point récente faite par des experts internationaux semble mettre en doute l’efficacité de l’estrogénothérapie par voie générale (voie orale ou cutanée) sur les troubles sexuels féminins. En revanche, l’utilisation des formes locales de l’Estrogène a apporté des preuves suffisantes de leur efficacité en cas d’Atrophie Vulvo-Vaginale (AVV), c’est-à-dire un vieillissement de la zone vulvaire et vaginale, et pourrait ainsi améliorer indirectement la libido en améliorant le confort génital pendant les rapports sexuels.
  • Tibolone : dans les études objectives elle semble améliorer le désir sexuel mais elle est confrontée aux mêmes controverses que l’estrogène quant à la sécurité d’emploi au long terme
  • Ospemifène : cette molécule avait montré des résultats encourageants dans les études sur la libido mais son effet semble surtout passer par l’amélioration de l’AVV (comme l’estrogène)
  • Enfin, la Prasterone (DHEA) en capsule intra-vaginale : commercialisée récemment aux USA, son impact positif sur la libido est également indirect, lié au fait qu’elle améliore les inconforts aux niveau vaginal et les symptômes génitaux et urinaires dus à la ménopause.

Il est important de rappeler que tous ces traitements ne peuvent être prescrits qu’après un bilan gynécologique et dans le cadre d’un suivi médical régulier et strict.

Activité sportive/physique et sommeil

Il ne s’agit pas, bien évidemment, de traitements pharmacologiques. Mais les conséquences positives de l’activité sportive et du sommeil sur la libido sont si intéressantes que nous pouvons pratiquement les assimiler à de véritables médicaments !

En réalité, nous disposons de plusieurs études qui montrent qu’une activité physique « modérée mais régulière » est souvent associée à une meilleure satisfaction sexuelle et un meilleur plaisir sexuel. L’amélioration d’un trouble du désir/excitation sexuelle grâce à une activité sportive a surtout été prouvée chez les femmes souffrant d’un syndrome dépressif ou d’une perte de libido due aux traitements antidépresseurs ainsi que chez les femmes ayant subies une chirurgie gynécologiques comme l’hystérectomie. Mais il est très probable que cet impact positif soit valable pour la plupart des femmes souffrant d’une baisse de libido.

Traitements utilisés hors AMM

Il s’agit de médicaments commercialisés initialement pour une autre indication mais utilisés par les experts pour tenter d’améliorer le désir/excitation sexuels féminins.

Les Inhibiteurs de PhosphoDiEstérase5 IPDE5 (Viagra Cialis)

Cette classe de médicaments, dont les plus connus sont le sildenafil (Viagra) et tadalafil (Cialis), a eu un tel succès dans le traitement des troubles érectiles chez l’homme qu’il était naturel de tenter son utilisation chez la femme. Malheureusement son efficacité sur les troubles du désir/excitation sexuels féminins est loin d’être démontrée avec des résultats très variables voire contradictoires d’une étude à une autre. Nous pouvons cependant noter que dans certains cas, ces molécules pourraient avoir un bénéfice non négligeable sur les sensations d’excitation sexuelle physique et en particulier chez les femmes souffrant de Sclérose en Plaque par exemple ou de troubles sexuels induits par un antidépresseur.

La DHEA (DéHydroEpiAndrostérone) par voie orale

La DHEA est une pré-hormone (qui se transforme donc en différentes autres hormones) dont les taux diminuent progressivement dans le sang avec l’âge. Dans les études contre placebo, elle semble avoir un impact positif sur la libido mais uniquement chez les femmes en péri ou post ménopause. Malheureusement elle présente quelques inconvénients qui rendent son utilisation délicate car sa transformation dans le corps en d’autres hormones n’est pas maitrisable. En tout cas son utilisation obéit aux mêmes règles de surveillance médicale que les THS.

Certains psychotropes

Buspirone (anxiolytique) Bupropion (antidépresseur connu surtout pour avoir été utilisé dans le sevrage tabagique) Trazodone (antidépresseur connu pour avoir comme effet secondaire des orgasmes spontanés) etc

Ces médicaments sont fréquemment retrouvés dans les études comme traitements possibles des troubles de désir/excitation sexuels surtout ceux induits par d’autres antidépresseurs ou neuroleptiques. Mais nous manquons de données fiables sur leur efficacité et surtout nous pouvons nous interroger sur la pertinence de les associer à d’autres psychotropes.

Traitements spécifiquement développés pour la libido féminine

Il y a quelques années nous disposions en France d’un patch de Testostérone indiqué spécifiquement dans les troubles du désir/excitation sexuel chez les femmes ménopausées. Ce patch était alors le seul traitement commercialisé et spécifiquement conçu pour la libido féminine mais il fût retiré ensuite du marché. Cependant, les traitements par Testostérone pour la femme représentent une voie de recherche non abandonnée (cf plus bas)

  • La Flibanserine (Addyi ©) est actuellement le seul traitement pharmacologique ayant une véritable Autorisation de Mise sur le Marché AMM dans l’indication des troubles du désir/excitation sexuels féminins acquis chez les femmes non ménopausées. Mais il est disponible uniquement aux USA. Cette AMM est hautement symbolique quant à la reconnaissance des troubles de la libido féminine comme étant de véritables entités médico-psychologiques, mais malheureusement l’efficacité et l’utilisation de ce traitement sont très controversées. En effet, les études effectuées après sa commercialisation montrent une efficacité légèrement supérieure au placebo ce qui la rend peu ou non significative. Si l’on rajoute à cela les effets secondaires possibles de ce traitement issu initialement de la classe des antidépresseurs et son prix très élevé, nous comprenons alors son succès très limité. Une surveillance spécifique et officielle de son utilisation est en cours aux USA et nous aurons sûrement des informations plus éclairées prochainement concernant la Flibanserine.
  • Le Zestra © est une huile botanique à appliquer sur le clitoris et les lèvres lors des rapports sexuels, augmentant ainsi les sensations de plaisir et d’excitation. La particularité de ce produit réside dans le fait qu’il a été conçu et commercialisé avec une autorisation officielle dans l’indication des troubles du désir et de l’excitation sexuels féminins et surtout dans le fait qu’il s’agit de l’un des rares produits botaniques à avoir été testé comme un véritable traitement pharmacologique par des études objectives à méthodes scientifiques (randomisées contre placebo en double aveugle). Dans ces études 2 femmes sur 3 semblent tirer bénéfices, essentiellement par l’amélioration des sensations d’excitation et très probablement de façon indirecte une amélioration du désir. Les effets secondaires sont limitées à des sensations de chaleur suite à l’application pouvant être gênantes mais restent faibles et concernent près d’une utilisatrice sur dix. De nombreux spécialistes le conseillent de nos jours (pour son profil efficacité/sécurité et aussi par l’absence d’autres traitements disponibles). Il n’est pas soumis à l’obligation de prescription médicale et son achat peut se faire directement par les femmes (le plus souvent via internet). Toutes les infos sur Zestra sur ce site www.zestra.fr

Phytothérapie

De nombreuses « plantes » sont réputées, souvent depuis des siècles, pour leurs effets positifs sur la libido féminine. Mais rares sont celles qui ont apporté des preuves scientifiques suffisantes. Actuellement en France nous disposons de plusieurs spécialités de phytothérapies vendues comme une aide à la libido féminine. Parmi ces spécialités nous pouvons donner une place particulière à deux types de produits pour lesquels nous disposons de quelques études scientifiques allant dans le sens d’une efficacité légère à modérée : le Tribulus Terrestris (commercialisé sous différentes marques) dont l’efficacité serait surtout présente chez les femmes en péri-ménopause et le Libicare© très récemment commercialisé en France (contenant quatre phytothérapies associées : Trigonella, Ginko Bioba, Tribulus Terrestris, Damiana). Concernant le Libicare© il est important de noter que chacune des molécules qui le composent est connue pour avoir un effet positif sur la libido, en revanche nous attendons les études réalisées avec le mélange commercialisé pour se faire une idée objective plus précise sur ce produit.

Traitements en cours de développements

Plusieurs médicaments sont actuellement en phase de recherche et de développement. Nous avons été régulièrement enthousiastes dans le passé à la lecture de certains résultats puis déçus par le ralentissement de leur développent (pour des raisons de sécurité d’utilisation ou d’efficacité). Développer un traitement pour améliorer le désir et l’excitation sexuels féminins est une entreprise particulièrement difficile étant donné la complexité de la fonction sexuelle et en particulier féminine. Voici quelques-uns des traitements prometteurs dont le développement est suffisamment avancé pour espérer une mise sur le marché

  • La Brémélanotide (agoniste des récepteurs de la mélanocrtine) est l’une des molécules les plus prometteuses avec une efficacité satisfaisante dans les études cliniques. Longtemps freinés par ses effets secondaires (vasculaires) les chercheurs semblent enfin avoir dépassé cet inconvénient. Un doute persiste quant à son utilisation qui se fait actuellement par voie sus cutanée (une injection à se faire soi-même) avant l’acte.
  • La Testostérone reste une des molécules les plus intéressantes à développer étant donné le rôle très important de cette molécule dans la libido féminine et masculine. Plusieurs façon de l’utiliser sont actuellement testées : seule (en crème ou inhalée par voie nasale) ou en association (au Viagra en particulier). La principale difficulté est de pouvoir administrer une dose suffisante de Testostérone sans provoquer des effets virilisants chez la femme (poils, boutons, voix grave etc)
  • D’autres molécules peuvent aussi être citées : apomorphine, ocytocine, alprostadil … Mais leur niveau de recherche et d’efficacité est loin d’être aussi avancé et satisfaisant que celles citées ci-dessus.

Conclusions

Comme nous pouvons le constater il existe très peu de traitements pharmacologiques spécifiques ou efficaces pour améliorer les troubles du désir et de l’excitation sexuels féminins. En réalité, la psycho-sexothérapie reste de nos jours le pilier principal de la prise en charge de ces troubles. L’utilisation des quelques traitements pharmacologiques disponibles peut chez certaines femmes représenter une aide non négligeable lorsque le traitement est bien choisi et bien conduit selon les conseils des spécialistes prescripteurs. Mais il n’est pas impossible qu’à l’avenir nous voyons apparaitre d’autres traitements spécifiques de la libido féminine. Ces futurs médicaments pourraient être issus des molécules en cours de recherche actuellement ou même être le fruit d’une découverte de hasard comme cela est parfois le cas en médecine. La place qu’occuperait ces traitements dans la prise en charge des dysfonctions sexuelles féminines sera alors très importante à définir par les experts, car aussi efficaces qu’ils soient ils n’enlèveront en rien l’aspect éminemment psychologique de la sexualité. En réalité, les quelques traitements actuellement disponibles et ceux qui arriveront plus tard ne font que nous rappeler que la sexualité humaine est composée de corps et d’esprit !

Références

  • Bou Jaoudé G. Dysfonctions Sexuelles Féminines en pratiques quotidiennes : où en sommes-nous ? RéfleXions en Gynécologie Obstétrique. Fev 2018 ;47
  • Clayton AH, Kingsberg SA, Goldstein I . Evaluation and Management of Hypoactive Sexual Drive DIsorder. Sex Med. 2018;6: 59-74
  • de Souza KZ, Vale FB, Geber S. Efficacy of Tribulus terrestris for the treatment of hypoactive sexual desire disorder in postmenopausal women: a randomized, double-blinded, placebo-controlled trial. Menopause. 2016 Nov;23:1252-1256.
  • Ferguson DM, Hosmane B, Heiman JR. Randomized, placebo-controlled, double-blind, parallel design trial of the efficacy and safety of Zestra in women with mixed desire/interest/arousal/orgasm disorders. J Sex Marital Ther. 2010;36:66-86
  • Gao L, Yang L, Qian S, Li T, Han P, Yuan J. Systematic review and meta-analysis of phosphodiesterase type 5 inhibitors for the treatment of female sexual dysfunction. Int J Gynaecol Obstet. 2016 ;133:139-45
  • Goldstein I et al. Hypoactive Sexual Desire Disorder: International Society for the Study of Women's Sexual Health (ISSWSH) Expert Consensus Panel Review.
  • Labrie F et al. Efficacy of intravaginal dehydroepiandrosterone (DHEA) on moderate to severe dyspareunia and vaginal dryness, symptoms of vulvovaginal atrophy, and of the genitourinary syndrome of menopause. Menopause. 2016;23:243-56
  • Peixoto C et al. The effects of dehydroepiandrosterone on sexual function: a systematic review. Climacteric. 2017 ;20:129-137
  • Saadat SH et al. Systematic Review and Meta-analysis of Flibanserin's Effects and Adverse Events in Women with Hypoactive Sexual Desire Disorder. Curr Drug Metab. 2017;18:78-85
  • Stanton AM, Handy AB, Meston CM. The effects of exercice on Sexual Function in Women. Sex Med Rev. 2018 doi : 10.1016/j.sxmr.2018.02.004

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