Santé Sexuelle au Féminin

Faut-il croire qu’il n’y a pas de femme frigide, mais juste des hommes impuissants ?

Marie hélène Colson

Nous le savons, le plaisir de la femme est capricieux et insuffisamment au rendez vous d’une sexualité moins ouvertement accessible, plus vulnérable et ne se révélant pas toujours aussi facilement que chez l’homme.

Les femmes sont peut être théoriquement pluriorgasmiques, elle n’en jouissent pas pour autant à tous les rapports sexuels, et nombreuses sont celles qui n’ont encore jamais connu d’orgasme, et n’en connaîtront peut être jamais. Dans la grande enquête sur la sexualité des Français (ACSF, Inserm) réalisée en 1993, 32% des femmes françaises de moins de soixante ans se plaignent de difficultés pour atteindre l’orgasme. Dix ans plus tard, elles ne sont plus que 16% à éprouver la même difficulté (Colson, Ipsos santé, 2003), et 12% dans l’enquête multinationale de 2004, réalisée dans 29 pays auprès de 27.000 personnes de 40 à 80 ans, (Laumann, 2004). Pendant fort longtemps, la durée insuffisante de la relation sexuelle ne permettait que rarement à une femme d’atteindre un orgasme et nombreuses étaient celles qui ignoraient jusqu’à son existence. La plupart ne s’en formalisait pas, le plaisir étant ailleurs, dans la réalisation d’objectifs alors plus valorisés, comme une vie de mère et d’épouse, c'est-à-dire de maîtresse de maison accomplie.

Le grand vent des années soixante-huit a balayé ces exigences simples, proposant, voire imposant, un autre type d’idéal féminin. Les femmes d’aujourd’hui mettent la barre très haut, et s’imposent un cahier des charges très lourd. Elles se doivent, tout en restant de bonnes mères et d’excellentes maîtresses de maison, de se réaliser tout autant que les hommes dans leur vie professionnelle, et la compétition tourne quelquefois même à leur avantage dans certains milieux comme les média, l’information, la publicité … . Mais il leur faut aussi faire la preuve de leur féminité et arborer une sexualité sans souci, avec comme critère concret d’une sexualité réussie un orgasme quasi normatif, enfin dompté et toujours disponible à la demande.

Dans une étude épidémiologique très documentée publiée en 2006, la suédoise Kristen Fugl-Meyer nous apprend qu’il existe des modalités différentes d’obtention de son premier orgasme selon l’âge. Les jeunes femmes aujourd’hui âgées de moins de 35 ans, le découvrent davantage par la masturbation avant leurs premiers rapports sexuels, et les femmes des tranches d’âge de plus de 50 ans, l’ont obtenu plutôt par la pénétration vaginale. Il semblerait donc que les plus jeunes d’entre nous apprennent actuellement plus vite que leurs aînées à explorer les ressources de leur corps, probablement car les tabous jouent un rôle moins prégnant dans leur vie. La découverte de leur plaisir semble aujourd’hui s’articuler selon un schéma de progression qui va souvent commencer par un premier orgasme clitoridien obtenu seule, puis ensuite par un orgasme déclenché à deux lors des jeux sexuels. Ce n’est la plupart du temps que dans un troisième temps que l’orgasme pendant la pénétration est enfin possible. Il est bien entendu possible d’accéder à un premier orgasme vaginal directement, mais cela ne semble pas la règle actuelle. Une fois acquise cette première expérience de l’orgasme, le corps retrouvera facilement le chemin du plaisir, à chaque fois que des conditions de disponibilité et d’excitation suffisantes seront réunies.

L’orgasme et les femmes aujourd’hui

A cette question, l’épidémiologiste Kerstin Fugl Meyer répond, d’après les données d’une vaste enquête suédoise de 2006, que cela varie selon les tranches d’âges des femmes interrogées.

Pour une femme sur deux de moins de 34ans, le premier orgasme a été obtenu par des caresses dans (46% à 49%)

Pour deux femmes sur trois de plus de 35 ans, il a été obtenu par la pénétration, et à un âge plus avancé la première fois.

Moins de tabous permettrait il aux jeunes fille d’aujourd’hui, une expérience plus précoce du plaisir, et une maturité sexuelle plus rapidement acquise que leurs mères. ?

Il reste à définir la place véritable de l’homme dans ce parcours quasiment initiatique d’accession de la femme à son propre corps. Il peut en être un révélateur essentiel. C’est lui qui, par des caresses appropriées, va guider sa partenaire dans l’exploration de son corps, dans la découverte de sensations nouvelles. S’il sait être tendrement incitatif, il l’aidera à dépasser inhibitions et interdits pour s’abandonner au plaisir. S’il cherche à ralentir son propre rythme pour se laisser guider par celui d’une partenaire souvent plus lente à réagir, il va lui-même, tout en l’accompagnant dans sa recherche de plaisir, démultiplier ses propres sensations en retardant son éjaculation. Par alternance de séquences tour à tour sexuelles et sensuelles, il sera possible à chacun de découvrir ensemble un rythme de plaisir commun bien supérieur à celui qu’il est possible d’avoir de manière solitaire. Chez l’homme comme chez la femme, l’orgasme n’est pas subordonné à la présence de l’autre, mais chez tous deux, c’est le partage avec l’autre qui donne accès à une autre dimension du plaisir. Eprouver son propre corps au contact du corps de l’autre, ressentir une dimension nouvelle de son sexe en y recevant le sexe de l’autre, ou en pénétrant l’autre, sont de grandes étapes érotiques qui nous font évoluer dans le monde du Plaisir et non plus seulement dans celui de la simple satisfaction sexuelle immédiate.

Il peut arriver que l’homme, lui-même inexpérimenté, ou trop ému, ou encore trop contraint par des tabous éducatifs rigides, s’avère trop centré sur son propre rythme sexuel et ne soit pas en mesure, ni de prendre le temps d’éveiller le désir et l’excitation de sa partenaire, ni de lui permettre de découvrir l’étendue de sa propre aptitude au plaisir.

Mais il peut arriver aussi qu’une femme trop tendue, ne s’abandonnant pas assez, trop focalisée sur sa propre jouissance, presse son partenaire de la pénétrer trop vite, activant ainsi son éjaculation sans possibilité d’orgasme pour elle.

Tout ne se résume donc pas au rôle masculin. Il est essentiel, pour qu’une femme ait du plaisir pendant une relation sexuelle qu’elle puisse s’y abandonner, ce qui n’est pas toujours le cas. Il est tout aussi essentiel qu’elle se laisse guider par ses propres sensations, apprenant à se laisser aller à son excitation, et à arrêter son partenaire lorsque, saturée de sensations, elle ressent le besoin d’une pause. Elle doit aussi apprendre à respecter les pauses de son partenaire, indispensables pour différer son éjaculation et qui seules lui ouvriront la voie à son propre orgasme.

Le plaisir de la femme est actif. Pour s’en voir ouvrir les portes, il lui faut bien sûr, un partenaire attentif à son plaisir et à ses attentes, mais il lui faut surtout rompre avec toute une tradition de passivité féminine.

La passivité féminine peut être dictée par l’ignorance. Comment rechercher activement ce que l’on ne connaît pas, voire que l’on n’imagine même pas ? Cette ignorance n’est pas neutre. Nourrie d’interdits et de tabous indicatifs, elle se rattache au rôle dévolu par l’homme à la femme depuis l’aube des temps. La passivité fait partie de la nature féminine. Aristote, dans sa « Physique », écrit : « la matière désire la forme comme la femelle désire le mâle ».

Le mâle étant censé bien entendu donner sa forme à la femelle qui l’attend pour s’animer. Mille cinq cent ans plus tard, Saint Thomas d’Aquin, dans sa Summa Theologica, dira : « Le principe actif est le mâle et le passif, la femelle, l’ordre de la nature l’exige… ». Marie Bonaparte, pas si loin de nous, le résume très bien, elle qui, dans sa quête désespérée d’un orgasme vaginal avait fait pratiquer à plusieurs reprises, une intervention chirurgicale visant à rapprocher son clitoris de son vagin, dans l’espoir d’y remédier. Elle écrira, dans son livre « De la sexualité de la femme » : «Le vagin de la femme, érotisé lors de la puberté, doit passivement se contenter d'attendre que le pénis de l'homme vienne l'éveiller. Car le rôle de tout ce qui est femelle, de l'ovule à l'amante, est d'attendre. Le vagin doit attendre l'avènement du pénis sur le mode passif, latent, endormi, où l'ovule attend le spermatozoïde.» Trop de passivité dans son comportement sexuel explique peut être ses difficultés persistantes d’orgasme.

La plupart des femmes disent, soit avoir obtenu leur premier orgasme vaginal, soit ne pouvoir jouir facilement que dans la position dite « supérieure », c'est-à-dire sur leur partenaire et en face à face. Ce qui s’explique à la fois par la possibilité dans cette position active d’aller à son propre rythme vers sa jouissance, et aussi d’aider l’orgasme par un frottement du clitoris sur le pubis de l’homme.

Mais cette position dite « d’Andromaque », femme dominante de l’antiquité immortalisée par Euripide, Virgile et Racine, a longtemps été réprouvée par la morale, et considérée comme « perverse ». Les poètes arabes du moyen âge résument très bien cet ordre des choses : « la femme doit regarder le ciel et les hommes la terre ». Plus prés de nous, au XVIIIe siècle, un chirurgien de Lille écrit, de manière nettement moins poétique : “La femme qui, loin d'attendre mollement entre les bras de son mari les caresses dont il va la combler, s'élance au-dessus des plaisirs, en saisissant une place qui ne lui est pas destinée, trouble l'ordre des choses”. Et malheur à celle qui cherchera à bouleverser l’ordre du monde. Mgr Bouvier, en 1890, nous rappelle que l’homme ne doit pas se rendre complice de ce type de perversion : « Il faut blâmer sévèrement l'homme qui, pour augmenter ses jouissances, se place sous sa femme, en intervertissant les rôles : cette inversion est souvent le signe de concupiscences mortellement mauvaises chez celui qui ne sait pas se contenter des moyens ordinaires de pratiquer le coït”.

Avec la fin du XIX° siècle, la religion marque un temps de recul, mais la psychanalyse du début du XX° ne manque pas de prendre le relais en épinglant les hommes coupables de ce type de pratiques qui sont largement suspectés d’homosexualité refoulée. Le premier rapport Kinsey (1948) cite des opinions couramment répandues tendant à démontrer que “dans cette position, l'homme a tendance à s'efféminer, alors que la femme prend une autorité masculine ». Ou encore « l'homme y perd sa dignité, et, par là même, le pouvoir nécessaire à la bonne marche de la famille ».

La découverte de son corps, de sa capacité d’abandon et l’apprentissage du plaisir sont pour les femmes au prix d’une longue marche dans la nuit des interdits et des tabous. Le partenaire est d’une aide précieuse pour y arriver, mais les femmes ne doivent pas oublier que leur plaisir est actif et ne dépend véritablement que d’elles mêmes.

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