Santé Sexuelle au Féminin

Les relations sexuelles sont-elles indispensables à l’harmonie du couple et à sa durée ?

Marie hélène Colson

Dans la plupart des sociétés traditionnelles, l’union de l’homme et de la femme a toujours représenté l’unité de base de la famille et de la société, consacrée ou non par un mariage, indissoluble ou pas, mais surtout destiné à permettre dans de bonnes conditions la reproduction et l’élevage des enfants dont tout groupe humain a besoin pour survivre et pour espérer. Aujourd’hui, dans notre société occidentale où le désir individuel prime sur les impératifs sociétaux, nous assistons à l’éclatement des manières de vivre à la fois sa conjugalité et sa sexualité, et à leur complexification croissante. Il est possible de réaliser sa sexualité à deux ou davantage, au sein d’un couple ou pas, légal ou pas, hétérosexuel ou pas. Il est aussi possible de vivre en couple sans relations sexuelles, et certains, à la suite de David Jay et du mouvement Asexuel, le revendiquent hautement, en refus d’une société où tout se consomme même le sexe.

En règle générale, la sexualité tient une place importante dans la vie de la plupart des couples d’aujourd’hui, y compris jusqu’à un âge avancé. Pour exemple, 79% des hommes et 65% des femmes de 60 à 69 ans, et respectivement 67% et 37% des hommes et des femmes de plus de 70 ans disent y accorder de l’importance (Laumann 2004). Les chiffres augmentent dans les couples fraîchement recomposés, avec une sexualité jugée importante pour 61% des premiers couples, contre 52% des couples non recomposés de 60 à 69 ans et 68% contre seulement 33% dans la tranche d’âge des plus de 70 ans (Colson, 2006).

Le veuvage est un excellent exemple de l’évolution des idées sur la sexualité dans le couple. Auparavant, veuves et veufs se remariaient pour des raisons sociales dictées par des motivations économiques pour les femmes ou domestiques pour les hommes, s’il arrivait que ce deuxième couple soit heureux, la sexualité et la naissance d’enfants n’en étaient pas les objectifs principaux. Le sociologue bordelais Philippe Aries nous raconte que son arrière grand oncle qui avait longtemps hésité entre deux sœurs, Eugénie et Amélie, avant de partir s’expatrier à la Réunion pour y faire fortune, avait envoyé à sa famille un an et un bébé plus tard, le télégramme suivant : « Eugénie décédée, envoyez Amélie ». Un remariage impératif dicté par la présence d’enfant en bas âge ne pouvant s’élever sans mère.

Actuellement, le remariage des veufs s’accompagne de motivations plus affectives et la sexualité est au premier rang d’un souhait de deuxième vie réussie. Les statistiques nous montrent qu’au Canada par exemple, et à une écrasante majorité, les hommes et les femmes, même au-delà de 75 ans, se disent sexuellement actifs dans ce nouveau couple (Stryckman, 1980). Signe des temps, la sexualité reste un impératif pour refaire sa vie après un veuvage, chez les hommes comme chez les femmes, et dans toutes les tranches d’âge. Chez les hommes, l’inquiétude sexuelle est souvent importante après une nouvelle rencontre, et il n’est pas rare de consulter, de peur de ne plus savoir faire, ou de ne plus « y arriver » après une période d’abstinence sexuelle plus ou moins longue, ayant bien souvent commencé bien avant le veuvage lui-même, lors de la maladie de l’épouse précédente.

Si la sexualité tient aujourd’hui une place importante dans la vie du couple, il faut savoir qu’elle n’en est pas obligatoirement la règle. Il peut y exister une abstinence soit rituelle et religieuse, soit librement consentie par un choix mutuel.

Dans certaines religions, comme la religion juive, le couple est astreint à une abstinence rituelle pendant la période des règles, et le retour à des relations régulières ne se fera qu’après la purification de l’épouse. Cette abstinence périodique liée au cycle de la femme, à la gestation, et aux suites de couches, se retrouve y compris aujourd’hui dans la plupart des sociétés traditionnelles. Le sang des femmes est impur. Lorsqu’il coule, il exclue la femme de toute activité sexuelle, mais aussi bien souvent sociale, comme préparer les repas pour les hommes ou pénétrer dans un lieu de culte. Il lui rappelle tous les mois sa condition de femme, qui est de se soumettre à la loi de Dieu, et à celle de l’homme. Françoise Héritier rappelle que « la femme voit son sang couler, alors que l’homme fait couler le sang ».

Pendant longtemps, en France, l’abstinence forcée entre époux se retrouvait aussi les premiers jours du mariage. Les unions royales interdisaient toute consommation pendant les trois premières nuits suivant le mariage, permettant ainsi aux jeunes époux de faire connaissance avant de s’offrir l’un à l’autre. C’est une tradition qui prévaudra longtemps en Bretagne y compris dans les milieux populaires, la mariée devant offrir la première nuit à la Vierge Marie et la seconde à Saint-Joseph, la troisième étant enfin pour elle-même et son mari. Et tout en bénissant les relations sexuelles entre époux mariés à fins de reproduction, la religion chrétienne des origines limite grandement leur fréquence en frappant pendant bien longtemps d’interdit toute sexualité en de nombreuses occasions liturgiques, comme s’en plaint amèrement Boccace dans son Decameron. Cette abstinence, traditionnelle, rituelle ou liturgique n’empêche pas, bien au contraire, le désir de s’exercer de plus belle lors des retrouvailles sexuelles du couple.

Il arrive aussi quelquefois qu’une abstinence volontaire et mutuelle s’observe dans un couple par mesure de contraception, ou dans certains couples vieillissants qui ne souhaitent plus continuer à entretenir de relations sexuelles entre eux. Bien souvent il s’agit d’un accord tacite, jamais vraiment formalisé, mais qui s’installe au fil du temps sans poser problème. En fait, la plupart des couples font évoluer leur sexualité par tranches de vie, en fonction de leurs investissements émotionnels du moment, et la réalité concrète des couples d’aujourd’hui semble très loin d’un modèle idéal largement médiatisé où la sexualité s’exercerait sans relâche en signe de bonne santé du couple et d’affranchissement de tabous séculaires. Il peut arriver par exemple, que l’on traverse des périodes de vie sans sexualité plus ou moins longues, ou avec une sexualité limitée, lors d’un deuil, d’une période difficile, ou lorsque le couple est fortement investi par un projet qui mobilise tout son potentiel énergétique, comme l’enfantement, l’éducation d’enfants en bas âge, la construction d’une maison,… . L’abstinence sexuelle peut aussi être unilatérale, car imposée à un individu, dans les suites d’une maladie, d’une intervention chirurgicale. Elle est alors mieux tolérée, à la fois par l’individu, et par son conjoint quand il y a lieu, car elle est alors appréhendée comme provisoire et conjoncturelle, ce qui permet de mieux la comprendre et de l’accepter.

Dans tous ces cas, l’absence de rapports sexuels se fait souvent spontanément et n’empêche ni d’être heureux à deux, ni le projet de couple. La réalité sexuelle au quotidien semble bien loin de l’image idéale et normative véhiculée par les media aujourd’hui, et tendant à instaurer une véritable tyrannie de la sexualité qui devrait s’exercer sans fin dans un couple « moderne ». Il faut savoir que l’abstinence sexuelle n’est pas si rare qu’on l’imagine. Dans une enquête réalisée en 2003, 25 % des femmes interrogées et 15 % des hommes déclaraient vivre en couple sans relations sexuelles, et parmi ceux-ci, 26 % indiquaient être indifférent à cette absence de relations sexuelles de plusieurs mois (Ipsos Santé France 2003).

L’abstinence dans le couple ne pose véritablement problème que lorsqu’elle ne correspond pas au souhait du ou de la partenaire, ou ne rencontre pas sa compréhension. C’est bien plutôt le décalage de rythme de désir, qui sera sujet de souffrance et de déséquilibre majeur pour le couple, que l’absence de sexualité elle même. Il peut arriver, en particulier chez ceux qui ont été victimes d’agressions sexuelles, que le souvenir du traumatisme revienne tardivement, après la formation du couple et oblitère gravement la sexualité des deux conjoints, voire le devenir du couple lui-même, même si le « devoir conjugal » n’est plus en occident une obligation légale.

Le ou la partenaire qui souhaite susciter le désir de l’autre devra alors s’abstenir de toute maladresse comme insister, chercher à avoir quand même une relation sexuelle, même si l’autre ne le souhaite pas, ou bien encore se mettre en colère ou faire la tête. Il faut savoir au contraire inciter l’autre avec patience et amour. Il n’est pas de gestes ou de mots d’amour, et non de sexualité, qui ne puisse venir à bout à terme du manque de désir de l’autre.

Vos questions

Nos réponses


> Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la sexualité…

On en parle !

La Californie à l’heure «gay»?

Depuis les sixties, la Californie donne le ton. Après l’amour libre et la contre-révolution des « Flowers powers », l’état de Californie

On en parle !
Nos Publications
Sexologie Magazine Revue scientifique et référencée des professionnels de santé.
Sexualités Humaines - Revue de sexologie des professionnels de santé Revue de sexologie des professionnels de santé
> Santé Sexuelle au masculin
> Santé Sexuelle au féminin
> Le couple et la sexualité
> L'amour toujours, la sexualité des ainés
FF3S Qui sommes nous ?
On en parle !
Question/Réponses


©2011 Fédération Française de Sexologie et de Santé Sexuelle | Mentions Légales | Liens utiles | Plan du site | Contact | Média et presse