Santé Sexuelle au Féminin

En amour, les hommes sont-ils plus égoïstes que les femmes ?

La sexualité a longtemps représenté pour les hommes un moyen de prouver leur virilité et de mesurer le poids de leur domination sur les femmes. En pénétrant le ventre de la femme, l’homme marque son territoire et s’inscrit dans la chair de l’autre. Il la fait sienne, et se l’approprie pour y faire naître sa descendance. Et jusqu’à un passé assez récent, les hommes pouvaient se contenter d’une sexualité basique, dédiée à la reproduction et à un plaisir vite assouvi, très bien résumés par Vincent Tagereau, en 1611. Dans son « Discours sur l’impuissance de l’homme et de la femme », il établit, par une formule devenue célèbre, et tout autant empruntée à la cuisine qu’à une sexualité simplifiée, les trois conditions de la puissance virile indispensables à une sexualité accomplie : « Dresser, Entrer, Mouiller ».

Après un XIX° siècle pudibond et rigoriste qui les emprisonne dans des corsets et des crinolines, et qui les confine au sein d’une morale étroite et nataliste dont le plaisir est exclu, les femmes se réveillent enfin à l’aube du siècle suivant, celui qui leur était réservé puisqu’il s’écrit avec deux « X ». Marraines ou infirmières de la grande guerre, elles auront de nombreuses luttes à mener avant de se révéler à elle mêmes dans une identité à part égale. De grandes dates, encore récentes, émaillent ce combat de femmes, avec l’obtention du droit de vote en 1944, la possibilité d’exercer une profession sans l’autorisation du mari en 1966, la loi autorisant la contraception en 1967, l’autorisation de la mixité et la légalisation de l’IVG en 1975. La création du MLF entérine en 1970 une nouvelle génération de femmes, désireuses d’exister à part entière dans un monde d’hommes, mais aussi certainement de régler ses comptes avec une société considérée comme « machiste », dans une lutte rude et souvent outrancière. La guerre des sexes culmine avec Susan Faludi, et son remarqué « Backlash » en 1991, qui lui vaudra un prix Pulitzer, et où elle ira jusqu’à déclarer la guerre froide aux hommes, et la masculinité inutile, puisque les femmes savent aussi bien faire que les hommes.

En parallèle de ce long chemin qui a conduit les femmes d’aujourd’hui à sortir de l’ombre de leurs pères et maris, pour assumer leur vie sociale et s’affirmer professionnellement à part égale avec les hommes, il existe un autre combat, celui de la sexualité. Wilhelm Reich est le premier parmi ceux qui s’engageront dans une lutte contre ce qu’il appelle la répression sociale de la sexualité, au tout premier rang des victimes duquel il range les femmes. Cela lui vaudra par décision de justice un autodafé avec injonction de faire brûler en public ses écrits. Nous ne sommes pas au moyen âge, mais dans l’Amérique de la « terreur rouge » et du maccarthisme, en 1954.

Mais est il bien raisonnable de penser que les hommes sont hostiles au plaisir des femmes ? En réalité les choses sont loin d’être aussi caricaturales, et si la religion chrétienne des origines met en garde contre le plaisir et diabolise celui de la femme, d’autres religions, plus permissives à ce sujet, sont loin d’en faire autant. Le plaisir était loin d’être inconnu de nos ancêtres, ainsi que les règles qui prévalent à celui des femmes. Il existe de très beaux et très anciens textes talmudiques recommandant à l’homme d’éviter toute précipitation dans la concrétisation du rapport sexuel, pour mieux assurer la « joie » de la femme, autrement dit de son orgasme. Le traité de Niddah par exemple, rappelle que l’excitation est plus longue à s’éveiller chez la femme et que l’homme ne doit pas être égoïste, mais que son rôle est de faire en sorte que sa femme arrive à un épanouissement physique. La Torah insiste sur la nécessité de la jouissance commune, qui au-delà de la satisfaction bestiale permet au couple de ne faire qu’un. Et le Zohar va plus loin en plaçant la relation entre l’homme et la femme à un niveau de communication et d’union suprême, « car les âmes communiquent » pendant le rapport sexuel, quand le plaisir est partagé. Les poètes persans et arabes ne sont pas en reste. Abou Hamed El Ghazali, rappelle en 1111 dans son "Min Ihya’ ulum addin", les règles d’une sexualité qui permet à la femme d’avoir du plaisir. Du temps de Charlemagne, alors qu’il n’existe guère que le lit conjugal du seigneur et que tous les autres, enfants, domestiques, gardes, dorment où ils peuvent, les Abassides développent à Bagdad toute une culture du lit et de l’érotisme qui va avec. Dès le IV° siècle en Inde, les Règles de l'amour de Vatsyayana, mieux connues sous le nom de Kama Sutra conseillent hommes et femmes sur le chemin du plaisir à prendre et à partager.

Aujourd’hui, une récente enquête (Colson, IPSOS santé 2003) nous montre qu’à la question posée« citez ce qui est le plus important pour vous dans la relation sexuelle ? », 99% des hommes français classent en première réponse « donner le plus de plaisir possible à la partenaire » contre 91% des femmes. Dans la même enquête, 92% des hommes disent attacher de l’importance aux préliminaires contre 87% des femmes. Et à la question « qu’est ce qui vous donne le plus envie de faire l’amour ? », 77% des hommes et 73% des femmes répondent « un moment privilégié à deux ».

Plus largement, en 1989, Markus et Oyserman avaient prouvé que les hommes cultiveraient des manières d’être instrumentales, individualistes, et égocentriques, alors que les femmes privilégieraient davantage des manières d’être expressives, et collectivistes. Reprenant cette enquête, Fabio Lorenzi-Cioldi s’interroge en 1995 sur les tendances égoïstes des motivations d’une large série d’hommes et de femmes et démontre que les femmes interrogées dans son étude sont un tiers de fois plus égoïstes y compris dans le domaine sexuel que les hommes de la même série.

Peut être est il temps d’en finir enfin avec l’idée reçue que les hommes sont égoïstes en amour. Ils ont certainement été nombreux à méconnaître, dans une société peu permissive et surtout axée sur la reproduction, les attentes et les désirs de femmes elles mêmes assez peu éclairées sur le fonctionnement de leur corps. Mais il y a certainement toujours eu aussi des hommes souhaitant partager du plaisir avec leur amante ou leur femme, au mépris des règles sociales en usage dans certains milieux bien pensants. En règle générale, les hommes d’aujourd’hui sont en très grande majorité attentifs voir même préoccupés du plaisir de leur partenaire. Les femmes qui ont du mal à obtenir une jouissance sont bien souvent soit insuffisamment abandonnées pour atteindre une excitation suffisante, soit trop passives.

Contrairement à une idée commune fort répandue, ce ne sont pas les hommes qui donnent du plaisir à leurs femmes, mais ce sont elles le prennent. Et c’est à elles de montrer le chemin à leur partenaire, à le guider vers leur jouissance et vers un plaisir partagé.

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