Santé Sexuelle au Féminin

La maternité est-elle indispensable à l’épanouissement féminin ?

Marie hélène Colson

« Elle sera sauvée par la maternité »
Paul, Epître aux Romains

Comme nous le rappelle Françoise Héritier en 1985, « Ce n'est pas le sexe mais la fécondité qui fait la différence réelle entre le masculin et le féminin ». La femme possède cette particularité unique et précieuse de pouvoir donner la vie, et donc de permettre à une société de se développer et de se projeter dans l’avenir. C’est cette propriété biologique qui a scellé son destin dans toutes les civilisations qui nous ont précédées. Déesse - mère ou ventre de l’homme, la femme est destinée à la maternité.

Parmi les tous premiers, Hippocrate, quatre cent ans avant notre ère, nous dit « la bonne santé d’un corps de femme dépend de l’accomplissement d’une fonction primordiale, la maternité », et il définira la physiologie féminine uniquement en fonction de la maternité. A la même époque, seules les femmes ayant eu des enfants, ont droit à une mention funéraire.

Tout au long de notre histoire, le statut social des femmes sera étroitement défini par sa fonction de maternité, qui lui garantit sa sécurité au sein de la famille, mais qui fonde aussi son identité. Filles de leur père, puis épouses de leur mari, enfin mères de leurs fils après un veuvage, les femmes ont longtemps existé, à la fois par leur fonction de maternité, et dans l’ombre des hommes qui leur garantissaient subsistance, assistance, existence. Celles qui émergent de la tradition classique pour s’identifier en leur nom propre sont des femmes sans homme et sans enfant, combattantes comme Jeanne d’Arc ou Brunehilde, régnantes comme Elizabeth d’Angleterre ou Christine de Suède, écrivains comme Jane Austen ou Charlotte Bronte, ou encore des saintes et des religieuses exemplaires, comme Thérèse d’Avila. Et lorsqu’elles ont des enfants, elles sont alors des veuves implacables, souvent ménopausées au moment où elles écrivent l’histoire, comme Anne de Bretagne ou Catherine de Médicis.

Plus près de nous, l’occident chrétien traditionnel ne reconnaît qu’une seule sorte de féminité, parfaitement bien résumée par les « trois K », chers à Bismarck « Kinder, Küche, Kirche », (enfants, cuisine, Eglise). Une honnête femme n’exprime sa féminité qu’au travers de la préparation des repas de tous, de la maternité et des soins à donner aux enfants. Une féminité réduite à sa plus simple expression et souvent vécue comme une « féminitude » par les femmes d’aujourd’hui, pour reprendre le mot de Simone de Beauvoir.

Existe-t-il des bases biologiques justifiant un destin féminin ancré dans la maternité et lui donnant tout son sens ? Existe-t-il un déterminisme biologique inné traçant définitivement pour la femme son devenir de mère sans échappatoire possible ? De nombreux scientifiques, et la psychanalyste féministe Hélène Deutsch elle-même, qui a eu tant de mal à concilier maternité et activité professionnelle, affirment l’existence d’un instinct maternel dont les formes primitives auraient été biologiques et chimiques.

En fait, l’instinct de maternité ne semble pas avoir été aussi net chez les humains que dans d’autres espèces animales. Jusqu’au XX° siècle, les enfants sont facilement confiés à des nourrices, surtout dans les couches sociales les plus aisées, où il est d’usage de retrouver ses enfants à la sortie du couvent et au moment de l’arrangement de leur mariage. L’allaitement, y compris celui des enfants élevés au foyer de leurs parents est assuré par des nourrices, sans que les mères en souffrent particulièrement. A la ville, et dans les milieux plus modestes, les enfants sont envoyés en nourrice à la campagne, on ne les reverra qu’au moment de leur trouver un métier ou de les marier. Et il faut se souvenir que le dernier bureau de placement de nourrices n’a, en France, fermé ses portes qu’en 1936.

Dans nos sociétés modernes, où la sexualité n’est plus obligatoirement sanctionnée par la maternité, et où les rôles sociaux des femmes se sont aujourd’hui largement diversifiés, il apparaît de plus en plus clairement que la fonction maternelle n’est ni naturelle, ni obligatoire, mais relève d’une construction sociale étroitement dépendante des croyances et des normes d’une société donnée (Yvonne Knibiehler).

Si pour nos grands-mères, devenir mère procédait d’un rôle immuable, biologique et social, pour les jeunes femmes d’aujourd’hui, être mère relève de son désir personnel, et il peut exister d’autres manières d’accomplir sa féminité, plus en accord avec sa réalité intérieure, et pas toujours dans la conformité aux modèles traditionnels. Le mouvement féministe des années soixante-dix, a même opposé maternité et réalisation féminine, en proposant à toute une génération post soixante huit, une lecture de la maternité assimilée à un esclavage, à un outil fondamental de l'oppression des femmes par le pouvoir masculin.

La contraception a libéré la femme des contraintes de la maternité non désirée, mais elle l’a aussi placée devant son libre arbitre. Il est aujourd’hui possible d’avoir un enfant comme l’on veut quand on le veut, mais aussi de choisir de n’en point avoir.

Plusieurs psychanalystes voient dans le refus de maternité de certaines femmes d’aujourd’hui, l’expression d’un narcissisme (amour de soi) indispensable pour endurer la vie moderne et l’individualisme qui en est l’expression, ou encore la poursuite de l’illusion d’une éternelle jeunesse. Il en découlerait une aversion pour toute forme de dépendance interdisant l’attachement à l’autre et à l’enfant.

Plus sûrement, on reconnaîtra bien souvent chez nombre de femmes refusant la maternité, une enfance malheureuse, l’expérience difficile d’une famille nombreuse, une histoire personnelle douloureuse, émaillée de violences familiales, d’abus sexuels ou d’incestes. Elles ne souhaitent pas être mères, ne s’y sentent pas prêtes et ne le seront peut être jamais.

Si la maternité est sensée accomplir la féminité, il est clair qu’elle ne l’épuise pas chez les femmes d’aujourd’hui. Plutôt que de se conformer à une norme sociale imposée, plutôt que de se retrouver dans le miroir d'une image de mère que tous lui tendent, une femme peut cultiver tout simplement, pour elle-même et pour les autres, le bonheur d'être femme.

La maternité n’est pas nécessairement au cœur de la féminité. A chacune le choix de sa vie de femme et de son accomplissement personnel.

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