Santé Sexuelle au Féminin

A la ménopause, la sexualité des femmes doit-elle nécessairement diminuer ?

Marie hélène Colson

Notre inconscient collectif entretient une image hollywoodienne de la sexualité, éternellement figée dans le destin de ceux qui resteront à jamais jeunes et beaux. Pour les autres, l’idée la plus répandue est que l’activité sexuelle s’arrête avec l’âge.

Comme il apparaît assez difficile à l’usage de fixer cette limite avec précision, la ménopause, repère physiologique concret sert souvent de période « butoir » pour assigner une fin à la sexualité des femmes. Avec l’arrêt de ses règles, la femme voit aussi s’arrêter son âge de mère. Est-ce pour autant la fin de son âge de femme ? Et que sera-t-elle alors pendant le tiers de sa vie qui reste encore à courir, si elle n’est plus une femme ?

Le vieillissement installe en elle des modifications du corps avec lesquelles il va falloir apprendre à composer, et qui auront des conséquences plus ou moins directes sur sa sexualité. Le relâchement de la musculature va provoquer une distension des voies vaginales, ainsi qu’une diminution de longueur et un rétrécissement du vagin. Les prolapsus, populairement appelés « descentes d’organes » ne sont pas rares, générateurs de troubles sphinctériens et de douleurs ou d’inconforts lors de la pénétration. L’accroissement de la masse graisseuse aux dépends de la masse musculaire déficitaire, peut entraîner une modification significative de la silhouette avec prise de poids, les graisses se répartissant de manière plus masculine que féminine. La masse osseuse, elle aussi sous la dépendance des hormones sexuelles, subit des fluctuations après la ménopause, et a tendance à diminuer, installant en l’absence de traitement hormonal substitutif, une ostéoporose responsable d’une plus grande fragilité osseuse, mais aussi d’une modification de la silhouette, avec des tassements, des courbures inesthétiques.

Les bouffées de chaleur, traduisent pendant quelques années le changement de métabolisme que vit la femme au cours de ce réaménagement humoral qu’est la ménopause. Elles surviennent avec les premières irrégularités menstruelles et se termineront généralement avec l’installation de la ménopause définitive. Elles sont vécues différemment selon les femmes. Intolérables pour certaines, elles sont heureusement à peine sensibles chez de nombreuses autres femmes.

Des règles toujours douloureuses, des grossesses difficiles, des accouchements dont on garde un souvenir pénible, une vie sexuelle peu épanouie peuvent laisser présager un vécu plus difficile de cette période charnière. La ménopause sera ici le point d’orgue d’une vie de femme mal investie ou peu réalisée, et marquera alors véritablement la fin de la sexualité.

Mais si, avec le temps, les repères les plus familiers s’altèrent, modifiant en profondeur l’image du corps et les critères habituels de séduction, les nouvelles données qu’ils introduisent interfèrent avec la sexualité sans pour autant l’interdire. De nombreuses femmes aujourd’hui, conservent une sexualité régulière après la ménopause et disent n’avoir aucun problème particulier, pas même de lubrification vaginale, y compris jusqu’à un âge très avancé, même sans prendre de traitement hormonal. Elles peuvent simplement avoir à constater que leur excitation est un peu plus longue à venir.

De récentes études épidémiologiques nous apprennent que nombreux sont ceux qui gardent une sexualité active jusqu’à la fin, surtout s’ils vivent en couple ou se remarient. Une femme sur quatre se dit toujours intéressée par la sexualité après soixante dix ans (Laumann, 2004), et 60% des femmes qui disent ne pas avoir de désir après 60 ans, insistent sur le fait que la sexualité reste une donnée importante de leur vie et de leur couple (De Lamater, 2006). L’enquête de Bretschneider et Mac Coy de 1989 qui avait fait scandale en son temps, démontrait que 40% des femmes de plus de 80 ans continuent à se masturber, et que 71% d’entre elles toujours des fantasmes sexuels, et un désir sexuel intact, quelque soit leur taux hormonal (Bretschneider et Mac Coy, 1989). L’étude de Bortz et Wallace portant sur des sujets de plus de 94 ans nous révèle que 17% d’entre eux ont des relations sexuelles plus d’une fois par semaine et que 35% se masturbent régulièrement (Bortz, 1999).

Bien davantage qu’une impossibilité définitive, la ménopause est certainement l’un des meilleurs exemples de crise du milieu de vie, chère au sociologue canadien Eliott Jaques. La manière dont nous vivons les changements de notre corps et de notre vie à la ménopause nous installe dans un nouveau choix de vie. Pour certaines, cela conduira à l’abandon d’une sexualité jamais vraiment épanouie ou même tout simplement jamais investie. Pour d’autres, enfin libérées des contraintes des âges précédents, cela pourra se transformer en un nouvel âge de la vie, ou il devient possible d’aimer au-delà des apparences.

Pour toutes, il apparaît évident qu’une sexualité conservée se conjugue avec sexualité optimisée. Moins olympique, mais plus sensuelle et érotique, la sexualité reste possible jusqu’au bout de son âge de femme, une sexualité qui privilégie l’expérience émotionnelle davantage que la performance physique. Il faudra simplement accepter de renégocier sa sexualité, accepter le décalage inévitable entre désir mental et physique, prendre le temps de l’excitation, plus longue à se déclencher, chez soi comme chez son partenaire. Il faudra aussi apprendre à être plus active, à la fois pour aller vers son propre plaisir, mais aussi pour relayer une érection quelquefois défaillante.

Du temps de Balzac, une femme était vieille à trente ans et en avait alors terminé avec sa vie sexuelle. C’est l’âge où les jeunes femmes d’aujourd’hui commencent tout juste à penser faire un bébé et à se marier. Les sixties d’aujourd’hui sont les teen-agers d’hier, c’est à dire ces premières femmes à avoir inventé une sexualité échappant à leur destin biologique. Une sexualité non plus rythmée par les lois de la nature, mais bien par leur volonté propre, via la contraception, l’IVG et les FIV. Et pour cette génération de l’impossible, il est clair qu’il reste encore des territoires neufs à conquérir, comme celui d’une sexualité renouvelée après la ménopause.

Age et sexualité : Existe-t-il une limite dâge ?

Lorsque l’on interroge des femmes de plus de quarante ans sur cette question, comme l’a fait l’épidémiologiste américain EO. Laumann en 2004, dans une large enquête multinationale concernant 26.000 personnes appartenant à 29 pays des cinq continents, 65% des femmes répondent qu’il existe bien une limite d’âge à la sexualité.

Mais que répondent les mêmes femmes à la question suivante (« A votre avis, à quel âge doit s’arrêter la sexualité ? »)

  • Pour les femmes de 40 à 50 ans : après 60 ans
  • Pour les femmes de 50 à 60 ans : après 70 ans
  • Pour les femmes de plus de 60 ans : après 75 ans

Pour la plupart des femmes interrogées, il semble évident que la sexualité s’arrête avec l’âge. Mais il leur semble tout aussi évident, quelque soit leur âge, que leur propre sexualité ne soit pas encore prête à s’arrêter de si tôt. La limite d’âge serait elle pour les autres seulement ?

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