Santé Sexuelle au Féminin

Les femmes sont-elles toutes multi-orgasmiques ?

Marie hélène Colson

L’orgasme est un état de conscience modifié survenant au maximum de l’intensité du plaisir sexuel. Le plaisir est longtemps resté mystérieux et secret, quelquefois inquiétant (« la petite mort » des anciens), toujours niché au coeur de l’intimité de chacun.

En 1957, William Howell Masters, un gynécologue, et Virginia Eshelman Johnson, une psychologue, mettent à nu la sexualité et étudient au grand jour les différentes phases des réactions sexuelles auprès de dix mille volontaires des deux sexes. Ils publieront leurs résultats en 1966 dans leur premier livre « Human Sexual Response », et feront la couverture et la une de « Time » en 1970 lors de la publication de leur deuxième livre, « Human Sexual Inadequacy ». Ensemble, ils jetteront les bases de la sexologie moderne. On retiendra surtout de Masters et Johnson, l’identification d’une courbe des réactions sexuelles humaines, qu’ils découpent en plusieurs phases.

Les étapes du plaisir : la montée d’une lente volupté

  • Le désir mental qui ne s’accompagne d’aucun changement physique perceptible
  • L’excitation, contemporaine de la lente montée du désir et qui est liée à un afflux sanguin dans les organes génitaux, responsable chez l’homme d’une érection et chez la femme de la lubrification. L’excitation se maintient ensuite dans une phase dite « en plateau ». L’excitation physique peut devenir plus longue à obtenir avec l’âge, ou se décaler dans le temps lors de la prise de certains médicaments.
  • L’orgasme, survenant au maximum d’intensité de la phase d’excitation, juste après la phase en plateau, est à la fois très bref et très intense. Chez la femme, quelque soit le point de départ de l’orgasme, clitoridien ou vaginal, il se manifeste par le même type de contractions saccadées involontaires du vagin et des muscles de la région génitale et anale. Dans les deux sexes il s’accompagne d’une accélération du rythme cardiaque et de la respiration, et de l’érection des mamelons.
  • La phase de résolution, ensuite, qui est une période plus ou moins longue pendant laquelle aucune excitation n’est possible. Cette phase est de durée variable selon les individus et a tendance à s’allonger avec l’avancée en âge. Chez la femme, si la stimulation sexuelle continue, il est possible d’avoir plusieurs orgasmes successifs et cette période réfractaire ne se produira qu’en fin de stimulation.

De nombreuses femmes savent expérimenter la possibilité d’orgasmes multiples avant la période réfractaire. Souvent, d’ailleurs, un premier orgasme clitoridien facilitera et rendra plus rapide l’accession à un ou plusieurs orgasmes vaginaux. Mais là encore, la seule vraie caractéristique du plaisir au féminin est l’extrême variabilité de son expression. Si la courbe de Masters et Johnson s’avère parfaitement reproductible chez l’homme, elle peut être l’objet de différences souvent marquées chez la femme. Les femmes non seulement cultivent des modalités de déclenchement de leur plaisir à partir de sources variables (clitoris, vagin, point G, anus, sein, fantasmes…), mais l’expriment aussi de manière très différente d’une femme à l’autre.

S’il est théoriquement possible d’obtenir des orgasmes successifs en salves, il est aussi possible de jouir lors d’un orgasme unique et particulièrement puissant qui débouche sur une période plus ou moins longue pendant laquelle toute stimulation sexuelle est non seulement impossible mais douloureuse. Si l’obtention d’un orgasme peut se faire en suivant une courbe régulièrement ascendante comme chez l’homme, il est aussi très fréquent de jouir au terme de plusieurs phases d’excitation, par vagues successives d’intensité croissante, entrecoupées de pauses, surtout lorsque l’on est fatiguée ou stressée. Et l’orgasme n’est pas une règle absolue. De nombreuses femmes en ont fait l’expérience et savent bien qu’elles peuvent souvent atteindre un grand plaisir sans orgasme véritable, et sans pour autant s’en sentir pénalisées ou frustrées. Elles peuvent aussi, lors d’une pénétration, être très satisfaites d’une relation sexuelle sans orgasme, ou elles ont eu simplement du plaisir à sentir et à permettre le plaisir de l’autre.

Les femmes ne fonctionnent pas toutes sur le même modèle. Leurs caractéristiques anatomiques, tournées sur l’intériorité des organes génitaux, et psychologiques, plus vulnérable à des perturbations émotionnelles, font de leur plaisir un territoire plus difficile à conquérir, moins systématiquement reproductible, davantage sujet à des variations individuelles et culturelles.

Après un siècle entier de culpabilisation envers les femmes qui n’avaient d’orgasme que clitoridien, c’est aujourd’hui une autre forme de dictature sexuelle qui se profile derrière l’affirmation de l’orgasme multiple et systématique, qui serait obligatoire pour toutes. Il n’est pas nécessaire de fonctionner selon un modèle pré-établi pour se sentir normale. Si la mise en normes de certaines données permet de fournir des modèles de compréhension de nombreux phénomènes scientifiques, il est évident qu’aucune d’entre elles ne peut rendre avec précision l’intensité du vécu subjectif de l’orgasme.

La sexualité féminine a toujours été réfléchie en parallèle à la sexualité masculine, plus simple, et plus facile à décrire. Mais les différences sont notables. Là où le désir se fait discontinu chez l’homme, marqué par une période d’inexcitabilité plus ou moins longue, il se fait continu chez la femme, prolongé, insatiable, étendu dans le temps et moins localisable dans le corps. La vraie caractéristique de l’orgasme féminin n’est ni sa simplicité, ni sa pluralité mais bien sa diversité et les caprices de son devenir.

A chaque femme de suivre son chemin individuel qui l’amènera, loin des tabous et des idées reçues, à découvrir la richesse et l’évolutivité de ses possibilités personnelles de plaisir.

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