Santé Sexuelle au Féminin

Orgasme et simulation

Marie hélène Colson

La sexualité d’aujourd’hui, enfin libérée des contraintes de la reproduction, a bien changé en un demi-siècle. Le plaisir n’est plus seulement celui des hommes comme nous le rappelait Scarlett O’Hara dans « Autant en emporte le vent ». Le plaisir féminin fait partie de la sexualité du couple et de celle de la femme. Un plaisir toujours un peu laborieux à atteindre toutefois, car si les hommes ont appris à être moins rapides, les femmes continuent à prendre leur temps, et s’arrêtent encore trop souvent en chemin.

 

Pour les hommes, la sexualité des femmes, toute tournée vers leur lieu interne et leur intimité, a toujours été un grand mystère. Depuis toujours, la nature complexe de la femme nourrit le mythe de l’éternel féminin. En fait, s’il existe un mystère féminin, c’est uniquement en référence à la sexualité des hommes. Ceux ci ont toujours cherché à expliquer la sexualité féminine en la rattachant à des normes masculines, ou plus exactement à la décrypter en négatif par rapport à celle des hommes. Freud lui-même, après avoir révolutionné la pensée humaine en jetant les bases de la première explication scientifique de la sexualité s’arrête, au seuil de sa vie, devant ce qu’il nommera le « continent noir » que représente pour lui la femme, comme pour tous les hommes des siècles précédents. Il laissera à ses successeurs cette énigme non résolue, « un problème posé par un fait biologique, celui de l’existence des deux sexes » , avec pour mission de s’y atteler sans tarder. Il sera d’ailleurs dit plus tard que «la théorie freudienne est moins une théorie de la sexualité féminine qu'elle n'est elle-même une théorie sexuelle.» (Jacques André).

Les enfants de Freud auront beaucoup de mal à avancer sur les traces du Maître en ce qui concerne la sexualité féminine, en tous cas les psychanalystes hommes, témoin cet aveu amère de Lacan, quarante ans plus tard, « la nature de l’orgasme vaginal garde sa ténèbre inviolée » .

L’idée que les femmes simulent pendant la relation sexuelle est l’un des nombreux points de confrontation nourrissant ce mystère. Mais le seul vrai mystère est de comprendre pourquoi les hommes s’obstinent à vouloir expliquer la sexualité des femmes à partir de la leur propre. Si les hommes et les femmes sont différents par nature et par essence, pourquoi attendre de sa partenaire un fonctionnement similaire au sien ? Le plaisir au féminin se décline de mille manières alors qu’il est chez l’homme souvent bien plus stéréotypé et reproductible.

L’orgasme au masculin se montre au grand jour et ne prend pas bien longtemps à se produire. Et, même s’il est plus ou moins intense selon les situations, il s’obtient la plupart du temps sans grandes surprises, en quelques mouvements de va et vient ou en quelques caresses efficaces.

Au féminin, tout est possible. Depuis des salves d’orgasmes multiples et successifs, à l’orgasme vaginal ou clitoridien unique, ou à celui des « femmes fontaines » qui déclenche une éjaculation féminine, en passant aussi par une jouissance très forte sans orgasme, lors d’une distension vaginale liée aux mouvements de va et vient.

A point de départ clitoridien, vaginal, anal, fantasmé ou autre, l’orgasme est multiforme et capricieux, à la fois dans ses conditions de déclenchement, dans son expression, son intensité, sa puissance, et surtout sa reproductibilité y compris chez la même femme. Insaisissable comme le bonheur, il fuit dès qu’on le recherche où que l’on croit enfin l’atteindre.

Contrairement à ce qui est communément admis, les hommes, en règle générale sont aujourd’hui en grande majorité, soucieux du plaisir de leur partenaire. Ils ont cependant beaucoup de mal à en appréhender sa différence et s’en inquiètent trop. Leur besoin de donner du plaisir à leur partenaire est fréquemment un facteur de difficulté féminine, car, afin de pouvoir lui donner satisfaction, la femme installe en elle-même une attente anxieuse de l’orgasme, inhibant toute possibilité d’abandon et interdisant, bien sûr, l’orgasme tant espéré.

Les femmes de leur côté, ont encore trop souvent de retenue à aller vers leur plaisir. L’orgasme féminin est quelquefois très fragile, s’installant par vagues de plaisir successivement croissantes, entrecoupées alternativement de phase de chute d’excitation. Et beaucoup de femmes laissent passer leur plaisir, de peur de prendre l’initiative de déranger le rythme de leur partenaire, et en suivant leurs propres sensations jusqu’au bout. Nombreuses sont celles aussi, dont la jouissance est principalement obtenue par des caresses externes, et qui préfèrent s’abstenir de jouir avec leur amant plutôt que de s’autoriser à les inciter à les caresser ainsi ou de le faire elles mêmes pendant la pénétration.

Le seul vrai mystère de la jouissance féminine est qu’il est encore trop souvent subordonné à la peur de déplaire à l’autre. Chez beaucoup de femmes, le goût du plaisir est moins impérieux que le besoin d’être aimée, ce qui les fait souvent aller dans le sens du désir de l’autre, davantage que vers leur propre jouissance. De nombreuses femmes, ont plaisir à avoir un rapport sexuel, même si elles n’obtiennent pas un orgasme à chaque fois, et ont beaucoup de mal à l’expliquer ou à le faire comprendre. Un homme trop attentif à l’orgasme de sa partenaire, suffit à fragiliser chez elle l’obtention du plaisir. L’un et l’autre vont se rétrécir dans l’attente d’un orgasme à chaque fois plus difficile, voire impossible à survenir.

C’est pourquoi un grand nombre de femmes, qui ont renoncé à se faire comprendre des hommes, ont tendance à simplifier les choses en simulant, de manière à éviter de perturber un partenaire souvent trop fragile dans sa propre sexualité pour comprendre la différence des sexes.

C’est ce qu’illustre magistralement Sally à la terrasse d’un café face à un Harry médusé, dans le film bien connu. Une séquence dont on retiendra l’étonnante modernité à l’heure où les femmes revendiquent hautement leur droit au plaisir sans pour autant savoir être toujours assez actives et affirmées dans leur sexualité pour y arriver.

Le vrai problème des femmes est leur manque d’impériosité dans leur besoin de plaisir sexuel. Leur passivité encore trop importante en la matière, et leur facilité à préférer correspondre au désir des hommes sans vraiment se préoccuper de leur plaisir personnel, s’explique par le sens qu’elles attribuent à la sexualité, davantage pour elles, partage émotionnel que plaisir sensoriel pur.

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