Santé Sexuelle au Féminin

Le désir sexuel des femmes est-il plus important au moment de l’ovulation ?

Marie hélène Colson

Pendant longtemps, l’étude de la sexualité féminine s’est apparentée à celle de la reproduction chez les mammifères, privilégiant les termes de « Réceptivité », ou « d’Attractivité », comme en zoologie. Peut être en reste t’il encore des traces dans nos idées reçues. Bien sûr nous avons tous et toutes constaté que la période de l’ovulation rend les femmes davantage réceptives à une stimulation sexuelle, et cette réceptivité augmente en période de désir d’enfant. Mais nous n’ovulons qu’une seule fois par mois, et il nous arrive pourtant d’avoir des relations sexuelles plus souvent qu’une fois par mois. Le désir sexuel des femmes semble donc évoluer plus capricieusement que le seul besoin biologique, et peut être, au fil de l’évolution humaine, la femme a-t-elle su développer de nouvelles potentialités qui ont pu échapper aux autres mammifères.

A la source du comportement sexuel, le besoin sexuel est pulsionnel, étroitement lié au biologique, à la facilitation de la rencontre entre spermatozoïdes et ovule. Il est ressenti comme une tension interne qui pousse à la résolution de cette tension, et à la satisfaction sexuelle qui la renforce. Il représente la part la plus archaïque et certainement aussi la plus puissante de la motivation sexuelle.

Chez la femme, le besoin biologique semble plus faible que chez l’homme, qui renouvelle ses spermatozoïdes par millions tous les jours, en quantité donc bien supérieure et à un rythme bien plus rapide. La femme est nettement plus lente dans la production de son ovule unique qu’elle met tout un cycle lunaire entier (28 jours) à préparer avant de le faire éclore chaque mois. Il lui est cependant possible de compenser son manque structurel de besoin sexuel par un désir accru, qui fait appel à d’autres ressources, moins pulsionnelles, et davantage liées à la fois à l’état psychologique et à la qualité de la relation à deux.

Dans la plupart des espèces animales, l’accouplement est dicté par la reproduction et le mâle attend que la femelle y soit prête, ce qu’elle lui fait savoir par l’émission de différents signaux, visuels, odoriférants, comportementaux… L’avènement du couple dans l’espèce humaine a innové de nouvelles formes de proximité et de conjugalité, dans lesquels la règle tacite est celle d’une sexualité qui ne connaît plus de saison et peut s’exercer sans relâche tant que dure le couple. Mieux encore, dans nos sociétés modernes, la régularité des relations sexuelles est considérée par tous comme un indicateur de bonne santé du couple. L’homme, mieux servi par un rythme biologique qui se renouvelle sans interruption au fur et à mesure de l’offre et de la demande, peut s’en accommoder sans trop de difficulté et a aujourd’hui du mal à admettre de sa partenaire une absence de disponibilité totale et permanente. Chez la femme, en revanche, le désir sexuel est bienvenu pour relayer et soutenir une pulsion qui ne peut être présente en permanence chez elle, compte tenu de son rythme ovarien cyclique plus lent.

Le désir sexuel est d’une toute autre nature que le besoin, mais peut aussi le soutenir en cas de défaillance. Il est distinct du besoin biologique, mais peut l’inspirer et lui donner tout son sens. Il est cet élan psychique surgi d’une dimension où l’autre prend toute sa place, et qui transcende et inspire la sexualité. Alors que le besoin est suscité par l’éveil organique, le désir, lui, est une activité psychique supérieure propre à l’humanité. L’un est l’expression d’un manque, l’autre, au contraire, ne manque de rien. Le désir est tout simplement désir de l’autre, c’est-à-dire une espérance, une action tournée vers l’autre, et qui nous transporte dans la relation à deux pour sublimer ensemble cette tension née du besoin.

On comprend bien sûr que le désir soit d’expression plus fragile que le besoin, plus vulnérable au climat du couple et aux aléas de la relation à l’autre, davantage subordonné aux stades et à la maturation du développement personnel. Si désirer, ce n’est pas seulement satisfaire un besoin, mais bien plutôt désirer l’autre, encore faut il que l’autre nous soit désirable, et que nous soyons en mesure de désirer. Beaucoup de femmes en difficulté dans leur désir marquent ainsi, par exemple, plus ou moins consciemment, une carence de leur couple, une usure dont les causes sont variables.

Le plus souvent, le manque de motivation et d’élan vers l’autre correspond à une attente déçue, à la lassitude d’espérer des gestes, des mots, des attitudes, en retour à l’affection et aux attentions dont on pense entourer l’autre.

Quelquefois c’est le souvenir toujours vivace d’un adultère ou d’un manquement, une blessure ancienne jamais guérie, toujours ressassée, entretenant une colère pas toujours formulée, ni même clairement identifiée, et qui empêche d’aller vers l’autre.

Cela peut être aussi l’admiration perdue, le manque d’harmonie, qui font s’engluer dans un quotidien ou tout se fige dans la répétition monotone des tâches quotidiennes, pour mieux marquer l’impossibilité du partage émotionnel à deux.

Dans tous les cas, pour désirer, les femmes ont besoin de pouvoir rêver de l’autre. Le désir s’alimente au désir de ne faire qu’un avec lui, de fusionner charnellement et émotionnellement. Inviter l’autre à l’intérieur de soi est un acte qui engage, pas nécessairement dans la durée, mais toujours dans l’intensité.

Quelquefois aussi cette fusion profonde est impossible, soit à cause de la maladresse ou de la difficulté sexuelle ou psychologique du partenaire, ou encore par l’incapacité d’une femme à s’abandonner, hantée par une image déformée de son propre corps, ou encore, trop en contrôle d’elle-même, trop emprisonnée dans des tabous éducatifs rigides.

S’il est bien naturel que l’ovulation soit une période privilégiée du besoin sexuel, une femme qui minimise sa sexualité en n’acceptant de relations sexuelles qu’au moment de son ovulation, la réduit à sa plus simple expression biologique. Elle traduit ainsi soit son manque d’épanouissement personnel ou de maturité sexuelle, soit un trouble profond de la communication dans son couple.

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