Santé Sexuelle au Féminin

La pilule peut-elle rendre stérile ?

Marie hélène Colson

Le papyrus d'Eber, 1500 avant notre Ere, préconise déjà le miel et le natron liés à de la gomme arabique ou à des fleurs d'acacia fermentées, en application vaginale pendant les rapports sexuels pour éviter une grossesse non désirée. Le kama-Sutra propose l’abstinence pendant les périodes de fécondité de la femme, parfaitement connues des indiens et des perses, pour permettre davantage de plaisir pendant les relations sexuelles. Chinois et japonais de l’antiquité, grecs et romains utilisaient déjà des préservatifs, respectivement en papier de soie huilée, en écaille de tortue, en cuir ou en paupière de mouton retournée, comme nous le relate Ovide. Il faudra cependant attendre le XX° siècle et les Sixties, pour que la contraception se médicalise et que la célèbre pilule du Dr Pincus remplace peu à peu le coït interrompu, la sodomie, la mandragore, l’allaitement prolongé, et autres injections vaginales.

 

En fait, la contraception a toujours existé. Elle fait partie de l’intimité des femmes, des secrets transmis de mère en filles, ou entre femmes de même communauté. Ce n’est qu’à partir de la fin du XIX° siècle, que le monde des hommes s’y intéresse et s’en empare pour en faire le procès au sein d’une bourgeoisie bien-pensante et nataliste. Bizarrement, c’est à Zola, que l’on doit le plus célèbre réquisitoire contre la contraception et l’avortement, dans un livre nataliste, «Fécondité », publié en 1898, la même année que «J’accuse ». La fin du XIX° siècle et le début du suivant sont marqués par la répression sévère de l’avortement, qui s’étendra aussi à la contraception avec la loi de 1920, et interdira toute diffusion et propagande anticonceptionnelle. Il faudra attendre la loi Neuwirth en 1967 pour y voir apporter une première modification. Mais les décrets d’application tarderont, et ce n’est que sept ans plus tard, en 1974 qu’il sera enfin possible d’importer ou de fabriquer les premiers contraceptifs en France, quatorze ans après leur conception.

Gregory Pincus, qui découvre avec J. Rock, en 1956, la première substance capable d’inhiber l’ovulation féminine, est considéré comme le père de la pilule contraceptive. Mais l’on oublie trop souvent que la pilule a aussi une mère. Margaret Sanger, fondatrice de la fédération de planning familial américain et militante active des droits de la femme, jouera un rôle décisif dans la commercialisation du premier contraceptif. C’est elle qui rencontrera G. Pincus, le décidera à poursuivre ses recherches sur les progestatifs, et trouvera même les fonds nécessaires. En 1960, au moment où le mur de Berlin se divise en deux, où explose la première bombe atomique française, où la musique des Beatles part à la conquête du monde, les laboratoires Schering commercialisent aux USA la première pilule contraceptive. Deux cent historiens diront alors qu’elle a eu davantage d’impact sur le monde que la bombe atomique ou la théorie de la relativité d’Einstein.

Les jeunes femmes d’aujourd’hui ignorent encore trop souvent les angoisses mensuelles de leurs mères ou de leurs grands-mères devant le calendrier, à la merci d’une grossesse non désirée, dans un monde où la seule méthode contraceptive utilisable est l’abstinence, le préservatif ou le retrait du mari, et où l’avortement est puni pénalement. La pilule contraceptive a permis à toutes et à tous de s’inscrire dans une nouvelle forme de sexualité, non plus seulement reproductive, mais ouvrant enfin la voie à deux dimensions jusque-là inexplorées, celle du partage, et celle du plaisir féminin, enfin devenus accessibles.

Cependant, dès sa commercialisation, la première pilule contraceptive est l’objet des pires soupçons dans la France des Sixties, dont les murs sont alors couverts d’inscriptions « Us Go Home ». Conçue aux USA et expérimentée au début sur 60.000 femmes portoricaines, elle apparaît comme un pur produit de l’impérialisme américain. Elle est accusée de provoquer le pire, de l’impuissance masculine à la débauche sexuelle des femmes. Dix fois plus dosée à ses débuts qu’aujourd’hui, elle s’accompagne souvent d’intolérances, en particulier de nausées qui inquiètent celles qui la prennent, déjà culpabilisées par le parcours du combattant permettant de l’obtenir. Dans les années soixante-dix, il n’est pas rare de se donner très discrètement, entre femmes, les quelques filières possibles. Il y a en effet très peu de médecins pour la prescrire, et encore moins de pharmaciens pour la délivrer, et seulement sur présentation de la carte d’identité, ce qui exclut les mineures, c'est-à-dire, à l’époque, les femmes de moins de 21 ans. Le pharmacien doit garder la trace des prescriptions de pilule, avec le nom et l’adresse de celles qui la prennent, comme pour la délivrance de produits toxiques.

 

On comprend pourquoi, dans un tel contexte, les fausses rumeurs ont pu se développer, sans réelle base scientifique, mais nourries par les peurs et les renversements de valeurs. Depuis quarante ans, la pilule contraceptive a été l’objet, par vagues médiatiques successives, de séries de réserves, de mises en garde, voire de soupçons ou d’accusations visant à la diaboliser. Les contraceptifs oraux ont été régulièrement accusés dans les années soixante-dix et quatre-vingt, de provoquer des troubles cardiovasculaires graves, des cancers génitaux, des maladies contagieuses, pour être ensuite lavés de tout soupçon les années suivantes, après que l’on ait démontré qu’ils avaient un effet protecteur en particulier vis-à-vis du risque lipidique. On sait d’autre part que les femmes sous contraceptifs sont mieux suivies que les autres et donc mieux dépistées, et mieux traitées, vis-à-vis du risque de cancer génital.

Plus récemment, une campagne Nord-Américaine, non fondée, mais s’appuyant sur des groupes de pression natalistes, a développé l’idée que la pilule serait responsable de troubles du désir graves, voire irréversibles.

Mais la véritable crainte de la plupart des femmes face à la prise de pilule reste encore aujourd’hui la peur de la stérilité. De nombreuses femmes pensent, sans oser en parler ouvertement, qu’il y aurait un risque pour leur fécondité future à prendre la pilule trop longtemps. Le rôle des hormones utilisées dans la contraception orale est de bloquer l’ovulation, et il faut souvent quelques cycles avant de retrouver des règles régulières après l’arrêt de la pilule. Il s’agit là d’une observation fréquente et banale, parfaitement réversible, et sans lien avec une éventuelle stérilité future. Quarante ans après le début de la contraception orale, il n’en faut pas davantage pour alimenter les peurs et réactiver un sentiment de culpabilité face au choix d’une sexualité librement assumée.

En réalité, les jeunes femmes d’aujourd’hui, sachant qu’elles peuvent maîtriser leur fécondité, ont tendance à prendre leur temps avant de se sentir prêtes à faire un bébé, qu’elles prennent un contraceptif ou pas. Les jeunes femmes de la fin des années soixante avaient leur premier enfant à 24 ans en moyenne, celles de 2002 l’ont à 30 ans. Elles privilégient aujourd’hui leurs études et leur carrière, et retardent leur projet fécond à des âges où la fertilité des hommes et des femmes est beaucoup plus faible. Le taux de fécondité moyen est de 25% par cycle à 25 ans, mais il passe ensuite de 12% à 35 ans, et il n’est plus que de 6% à 40 ans. Entre 20 et 32 ans, la fécondité est telle chez la femme, qu’une grossesse a 92% de chances de survenir dans les 2 ans qui suivent des rapports sexuels réguliers non protégés, après l’arrêt d’une contraception ou pas. Mais après 35 ans, la fécondité diminue de mois en mois, et la probabilité d’une conception dans les 2 années suivantes chute progressivement jusqu’à devenir pratiquement nulle vers 43 ans.

La pilule du Dr Pincus n’a pas accouché de femmes stériles, elle les a simplement placées, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, devant leur choix de vie. Avoir un enfant aujourd’hui n’est plus une obligation sociale ou une fatalité, mais bien l’expression d’un désir, d’un projet de vie librement assumé. Mieux vaut cependant ne pas trop retarder ce projet pour être sûre de le réaliser.

S’il n’est plus nécessaire aujourd’hui de se cacher pour prendre la pilule, les contraceptifs oraux ont eux aussi longuement évolué. Il en existe aujourd’hui plusieurs formes, la plupart du temps mini dosées, associant ou non plusieurs composés hormonaux dont le principe général est de bloquer l’ovulation, de modifier la glaire cervicale, et l’endomètre pour le rendre impropre à la nidation. Une action parfaitement réversible dès l’arrêt de la prise du contraceptif.

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