Santé Sexuelle au Féminin

La première fois, cela fait toujours mal

Marie hélène Colson

Le premier rapport sexuel a la réputation d’être douloureux pour la jeune femme. Véritable rite de passage à l’âge adulte pour les garçons comme pour les filles, il inscrit l’adolescent dans la relation à l’autre et marque profondément et durablement sa sexualité à venir. On comprend donc que la « première fois » soit aussi largement investie sur le plan symbolique, à la hauteur de la douleur qu’elle est censée provoquée.

En pratique, le contexte douloureux reste très relatif pour la jeune fille et pourra fréquemment ne pas être au rendez vous d’une première fois réussie. Quand il est présent, il peut accompagner la rupture d’un hymen résistant, mais plus souvent aussi l’étirement de l’orifice vulvaire lors de cette première pénétration. La partie externe du vagin est cutanée, elle est donc moins souple que sa partie interne, muqueuse, ce qui peut rendre les premières pénétrations sexuelles souvent un peu plus difficiles que par la suite, quand la jeune fille a appris à guider son partenaire. En réalité, il existe peu de raisons objectives au ressenti d’une douleur lors de la première pénétration vaginale, et elle sera la plupart du temps à mettre sur le compte de la maladresse et de l’inexpérience du partenaire, ou de la peur de la jeune fille, bien plus sûrement que sur celui de la résistance de l’hymen.

Pour le jeune homme aussi, une première fois trop investie émotionnellement sera souvent l’occasion d’un fiasco, et se soldera par une éjaculation trop précoce ou par une perte d’érection, parfois les deux. Assez souvent, il est vierge lui-même, ou intimidé par la virginité de sa compagne, et aura tendance à précipiter l’action sexuelle, sans vraiment prendre le temps de se mettre au rythme de sa partenaire. La peur d’être jugé, celle de ne pas trouver l’orifice, de ne pas pouvoir faire ses preuves, rend les gestes mécaniques et hâtifs, et suffisent à déclencher ou à renforcer en réponse chez la jeune fille angoisse et tension musculaire, responsables d’une anticipation douloureuse de la pénétration. La conséquence en est bien entendu une contraction musculaire réflexe de l’orifice vaginal et un ressenti douloureux lors de la première pénétration.

Si le jeune homme vit cette première fois dans la peur d’une action qui ne le confirmera pas dans son rôle de jeune mâle adulte, la jeune fille de son côté, s’enferme dans une attente passive de la douleur, responsable d’une grande part de ses déboires, et qui n’est que l’un des aspects de ce que Simone de Beauvoir appelait la « féminitude », c'est-à-dire, la fatalité d’être femme et de devoir subir. A force d’appréhension de la douleur annoncée, la pénétration finira effectivement par devenir douloureuse, voire quelquefois même impossible. On estime aujourd’hui à 6% le nombre d’unions, mariages ou concubinages, non consommés pour cause de « vaginisme » c’est-à-dire d’une contracture invincible de la musculature périnéale rendant toute pénétration impossible. Le vaginisme est une affection fréquente, due non pas à une quelconque malformation, mais bien à la peur de la douleur qui provoque la contraction de l’orifice vaginal. La contraction renforce elle-même la sensation de douleur lorsque le pénis cherche à pénétrer et à vaincre la résistance, la douleur renforçant à son tour la peur. Ce réflexe de peur est invincible et involontaire, en décalage avec le désir annoncé de pénétration, et a pu être comparé par certains auteurs à la fermeture réflexe de la paupière lorsque l’on essaie d’y introduire une goutte de collyre. Souvent, lorsque la difficulté persiste, et il n’est pas rare que l’absence de consommation de l’union puisse durer des années, le recours au sexologue devient nécessaire. La guérison survient alors au bout de quelques séances.

Il arrive aussi que l’on cherche à se confronter activement à sa peur, et de plus en plus de jeunes filles de nos sociétés occidentales, libérées du tabou de la virginité, vont souhaiter avoir une première relation sexuelle très tôt, avec le premier venu, pour « se débarrasser » de cette étape. Elles désirent ainsi à ne pas compromettre une relation future avec un homme aimé auquel il n’est souhaitable ni d’imposer cette épreuve, ni peut être aussi d’avouer son inexpérience.

La motivation de cette « première fois » joue un rôle certain dans le ressenti douloureux. L’initiation ne se déroule pas de la même manière pour une jeune fille qui souhaite faire comme les autres, ou par souci de normalité, ou encore parce que son petit ami devient très insistant et qu’elle risque de le perdre, que pour celle qui ressent l’envie bien réelle d’une relation sexuelle à laquelle tout en elle lui crie qu’elle y est enfin prête.

Assez souvent aussi, une douleur de la pénétration, pour la première comme pour les autres fois, peut être liée au manque de lubrification. La lubrification vaginale est un bon indicateur du niveau d’excitation chez la femme, et, en dehors de certaines pathologies, son absence ou son insuffisance témoigne d’une préparation incomplète. Et il faut quelquefois beaucoup de temps à une femme pour se détendre, pour se relâcher enfin, et pour devenir réceptive à une stimulation sexuelle, surtout lors de ses premiers rapports. La lubrification survient, comme l’érection pour l’homme, à partir d’un certain seuil d’excitation et marque chez l’un comme chez l’autre que les conditions nécessaires à la pénétration sont enfin réunies. Lorsque le rapport sexuel a lieu dans des conditions inconfortables, dans la hâte, la clandestinité, la culpabilité, ou tout simplement avec l’émotion de l’inexpérience, une pénétration anticipée, avant l’éveil des réactions de la jeune femme et l’obtention d’une lubrification suffisante, provoquera à coup sûr de la douleur.

Inversement, lorsque le rapport sexuel se passe dans de bonnes conditions, en toute confiance entre deux jeunes gens qui ont pris le temps de se découvrir peu à peu par des jeux tendres et érotiques, la progressivité de situations de stimulation sexuelle d’intensité croissante rendra possible une pénétration sans douleur et en douceur. Dans ces situations, l’échange émotionnel est au premier plan et la pénétration vaginale n’est que l’un des épisodes du jeu amoureux, l’éventuelle douleur rapidement dépassée par l’importance des autres sensations.

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