Santé Sexuelle au Féminin

Le sein joue t’il un rôle essentiel dans la sexualité féminine ?

Marie hélène Colson

Organe de la féminité tout autant que de la séduction, le sein tient une place essentielle dans la sexualité des femmes comme dans celle des hommes.

Il se développe à la puberté, un peu avant l’apparition des premières règles, et change de volume tout au long des étapes de la vie génitale des femmes.

Lors de l’excitation sexuelle, il s’érige (thélotisme) sous l’effet de la congestion vasculaire et de la contraction de ses fibres musculaires. Les aréoles se surélèvent, et le volume mammaire augmente sensiblement, en particulier chez la nullipare (qui n’a encore jamais eu de grossesse) pour atteindre son maximum au moment de l’orgasme. Dans la phase qui suit, il faut quelquefois plusieurs dizaines de minutes pour le voir reprendre son aspect initial. Les modifications du sein lors de l’excitation sexuelle restent inchangées chez les femmes ménopausées, mais peuvent être moins nettes dans les suites de couches. Chez la femme qui allaite, on signale souvent un écoulement de lait au moment de l’excitation et de l’orgasme.

Mais le sein représente bien davantage qu’un simple élément de l’anatomie féminine, physiologiquement dédié à la reproduction et à l’allaitement. Caractère sexuel secondaire, il est aussi un signal sexuel fort et prioritaire, dans la sexualité… de l’homme. Attracteur visuel de choix, le sein a toujours été l’objet de représentations graphiques, de fétichisation dans notre culture sexuelle. S’il existe plusieurs dimensions du corps des femmes, le sein en est certainement la meilleure illustration. Le sein nourricier est le plus célébré depuis les origines, mais il peut aussi se faire érotique, et pas seulement dans notre peinture moderne, comme en témoigne le célèbre tableau anonyme de l’école de Fontainebleau, où Gabrielle d’Estrée expose les siens pour le plus grand bonheur des esthètes depuis cinq cent ans. Les

deux extrêmes se côtoient tout en s’opposant bien souvent dans la tradition picturale. Les gros seins vont de pair avec des silhouettes bien remplies et célèbrent la maternité ou l’allaitement, tandis que le sein « érotique » se fait plus petit sur un corps délié, avec une taille fine. Une opposition purement masculine, qui tend à cantonner définitivement la femme au choix fatidique d’un seul de ses rôles potentiels, excellente illustration de la dualité féminine « maman ou putain » toujours vivace dans les fantasmes masculins.

Le sein est aujourd’hui au cœur de toute une panoplie de fétichisation du corps de la femme, organe de consommation, tout autant que d’excitation masculine. On le gonfle aux silicones pour satisfaire à la dictature des « gros bonnets » depuis que la mode est au retour des poitrines qui n’ont pas peur de s’affirmer. On le montre sur une plage selon des règles bien précises dont Jean Claude Kaufman nous narre la sociologie en 1995 . On l’expose en revanche assez peu dans les films pornographiques, où il laisse sa place aux autres zones génitales féminines davantage susceptibles de s’ouvrir et de béer largement en gros plan. Le sein, objet de consommation masculine, se situe dans la droite ligne de l’éternel féminin, passif et offert à l’homme, destiné à inspirer son désir, à satisfaire son plaisir. Les publicistes ne s’y trompent pas, qui savent l’utiliser largement pour faire consommer hommes et femmes. Que l’on se rappelle le message infraliminaire de la publicité de la marque « Wonderbra » dans les années quatre vingt avec Eva Herzigova, susurrant à la télé : “Regardez-moi dans les yeux, j’ai dit les yeux!”

Le sein, objet de concupiscence pour l’homme, peut aussi devenir dangereux dans certaines parties du monde où il faut quelquefois savoir le cacher pour survivre. Au Cameroun, au Togo, et en guinée, on estime à 24% le nombre d’adolescentes, qui, encore aujourd’hui, se font « repasser » les seins par leurs mères pour éviter d’être trop vite remarquées par les garçons et de perdre leur virginité trop précocement. On utilise pour cela des pilons ou des pierres à écraser, préalablement chauffées pour écraser la poitrine naissante qui sera ensuite sévèrement bandée. L’essentiel étant de ne pas commencer trop tôt à être une proie offerte au désir masculin.

Il y a loin de ce sein objet partiel, isolé pour mieux faire vendre ou pour mieux focaliser le désir masculin, à la réalité de la sexualité féminine. Cette image publique, toute de fantasme sexuel et de symbole, nous semble en décalage par rapport à la réalité ou aux désirs intimes des femmes d’aujourd’hui.

Mais comment s’y retrouver, lorsqu’on est femme et que son destin biologique prédispose à l’expropriation de son propre corps ? Avoir des seins et les exposer, c’est aussi s’exposer à devenir victime de la concupiscence de l’autre. Les cacher, c’est refuser l’une des dimensions de sa vie et de sa vie sexuelle. Le destin des femmes est indissolublement lié à leur devenir social. Pour jouir de son corps de mère tout autant que de son corps de femme, pour ressentir avec autant de plaisir son sein nourricier que son sein érotique, encore faut il s’approprier sa destinée. Une destinée de femme comme Etre à part entière, libre de son destin et de ses choix, libre d’aimer ou d’enfanter selon les saisons de sa vie.

Le sein peut être aussi un organe de plaisir purement sexuel pour la femme. Encore lui faut il se laisser aller dans une relation sexuelle renouvelée de jeux et de partage amoureux. La stimulation des seins fait partie des rituels d’amour préconisés au XV° siècle par Savonarole dans sa « Practica major » pour allumer le désir de la femme (" L'homme doit toucher légèrement la femme autour des seins et baiser spécialement les mamelons.")

Rien n’a changé depuis, et la stimulation sexuelle du sein est toujours l’une grandes des étapes du plaisir et de la volupté, au féminin comme au masculin.

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