Santé Sexuelle au Féminin

Sexualité au féminin

Marie Hélène Colson

Opposition ou complémentarité ?

Sexualité vient du latin « Sexus », qui signifie couper, séparer, et qui fait référence à l’opposition entre l’homme et la femme. Les deux sexes sont séparés, ce qui en est la caractéristique première et principale. Mais c’est aussi cette différence biologique fondamentale qui assure la reproduction sexuée et donc la pérennité de l’espèce. Ce qui sépare l’homme de la femme est donc aussi ce qui leur permet à tous deux de s’unir plus étroitement. La race humaine dépend de cette opposition comme de cette union, et c’est cette étonnante dualité qui fonde toute la complexité de la sexualité humaine.

La sexualité féminine apparaît encore plus complexe que celle de l’homme, et il est classique de parler du mystère de la féminité, entendez de celui de la sexualité féminine. Après la longue nuit du silence qui l’a toujours enveloppée, Freud, c’est bien connu parlait du « continent noir », la sexualité féminine apparaît aujourd’hui en pleine lumière, dans le sillage d’une féminité renouvelée par cent ans de féminisme. En réalité, s’il est clair qu’une véritable révolution sociologique et culturelle s’est opérée tout au long du XX° siècle, permettant aux femmes de s’affirmer comme des acteurs de premier plan sur la scène professionnelle ou politique, il n’est pas sûr que tout ait vraiment changé en ce qui concerne leur sexualité, ni que nous la comprenions mieux.

Les premières théories psychanalytiques, fondées sur le primat du phallus, nous apprenaient à définir la femme « en creux » par rapport à l’homme, et inéluctablement façonnée par le manque de pénis. Cette approche réductrice a été largement combattue, y compris par de nombreux successeurs de Freud. En fait, la sexualité féminine est profondément marquée par des caractéristiques à la fois biologiques, sociologiques et culturelles, et relationnelles.

Intériorité et relation à l’autre

Biologiquement, la sexualité féminine est déterminée par un appareil génital tout en intériorité, qu’il lui faut découvrir, et dont il lui faut faire l’apprentissage peu à peu. Rien n’est facile ni évident. La sexualité ne s’impose pas à la femme, elle l’apprend et se l’approprie peu à peu au fil d’une vie plus ou moins bien pourvue d’expériences sexuelles heureuses.

Sur le plan culturel, de nombreux tabous ont perturbé cet apprentissage depuis l’aube des temps, le restreignant, l’empêchant, le limitant. La femme donne la vie, elle est donc précieuse pour l’homme qui a longtemps cherché à se l’approprier pour mieux s’approprier sa descendance, dans une société où l’impératif est de survivre et de se reproduire. Aujourd’hui, ces tabous et ces interdits ont de moins en moins cours, mais ils cèdent la place à des normes issues d’une nouvelle culture, tout aussi rigide et limitante, et qui au nom d’une modernité encore à définir imposent d’autres modèles, tout aussi pénalisants.

La principale caractéristique de la sexualité féminine est peut être et surtout sa dimension relationnelle. Pour de nombreuses femmes, et encore aujourd’hui, et toutes tranches d’âge confondues, on ne fait pas l’amour sans amour. Le rapport ACSF sur la sexualité des français le confirme en 1993, puis quatorze ans plus tard, dans sa dernière mouture de 2007. Pour une grande majorité des femmes, aujourd’hui comme hier, la sexualité s’inscrit dans une relation à l’autre qui l’inspire et lui donne tout son sens. Et c’est peut-être là le seul vrai mystère de la sexualité féminine, une sexualité fondée sur la relation et le partage émotionnel davantage que sur le simple plaisir sensoriel, ou le besoin de soulagement des tensions et de l’excitation. La femme, passage obligé de l’homme vers son lignage, en nouant une relation avec celui qui lui permet de donner la vie, assure aussi le nid et la protection d’une descendance commune.

« On ne naît pas Femme, on le devient » (S. de Beauvoir)

La sexualité de la femme a longtemps été tributaire de ses repères biologiques. Entre puberté et ménopause, entre défloration et grossesse, elle se résumera pendant des millénaires à la passivité d’être femme, de s’ouvrir au sexe de l’homme, d’être fécondée et de mettre au monde. Dans le secret de l’intériorité de son sexe, la femme reçoit, se donne, se soumet au désir de l’homme et à son plaisir, s’offre à son étreinte, s’abandonne et s’aliène.

Avec la deuxième moitié du XX° siècle, l’avènement de l’affirmation des droits de la femme, et le nivellement progressif des rôles sociaux dévolus aux deux sexes, c’est une manière différente d’être femme qui va peu à peu se dessiner, en réponse à de nouvelles aspirations et à de nouveaux besoins. Le féminisme, après la féminitude, a ouvert pour toute une génération de femmes la voie à l’expression du désir, à la déculpabilisation du plaisir, et permet aujourd’hui enfin de franchir le cercle de sa féminité, de dépasser ses inhibitions et de vivre activement sa sexualité.

Idées reçues et fausses croyances

Dans cette longue conquête d’elle-même, la femme se heurte souvent à des idées reçues qui limitent l’expression de sa sexualité et son épanouissement. Les fausses croyances nous viennent de la nuit des temps, et ont investi nos matrices éducatives. Elles sont entretenues par ce qu’il est convenu d’appeler la tradition ou la sagesse populaire, reflet d’une réalité souvent passée et dépassée, ne correspondant plus ni à l’état de nos connaissances médicales et scientifiques, ni à nos attentes actuelles. Elles ont cependant la vie longue car, inscrites dans notre inconscient collectif, chargées de symbolique, elles font écho à notre culpabilité, et sont bien difficiles à bousculer.

Les idées reçues ne sont pas obligatoirement fausses, mais reposent assez souvent sur des vérités émises a priori et auxquelles le plus grand nombre a apporté crédit sans réelle validation scientifique. Notre société en mal de repères et en redéfinition d’elle-même en est friande, et les diffuse, via les media, sans vérification préalable suffisante. Les idées reçues sont souvent à l’origine de difficultés sexuelles car elles ont tendance à définir des modèles normatifs avec lesquels il devient impératif de se mettre en conformité pour se sentir performant, ou tout simplement comme tout le monde. Dans le domaine de la sexualité comme dans les autres, les idées reçues ont tendance à « formater » en profondeur nos comportements et nos usages, à partir de jugements types, souvent rudimentaires. Elles définissent ainsi des stéréotypes, souvent chargés de préjugés, et qui finissent, à la longue, par exercer une pression sociale, culturelle et psychologique, modélisant des normes en décalage avec la réalité vécue.

Il est temps maintenant d’en finir avec les fausses croyances et les idées reçues, de tourner définitivement la page d’un passé qui n’a plus court, de refuser une nouvelle normalité préfabriquée et standardisée. Les femmes ont aujourd’hui à réconcilier en elles maternité, amour, plaisir, famille, féminité et sexualité. Elles ont à inventer avec confiance une nouvelle dimension de la féminité, à tracer pour leurs filles et leurs fils à venir un chemin de vie encore vierge de toute expérience déjà vécue.

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