Santé Sexuelle au Féminin

Désir sexuel et accouchement

Marie hélène Colson

La grossesse et l’accouchement sont des étapes majeures de la vie d’une femme. Donner la vie est un acte qui inscrit la femme dans une dimension différente d’elle-même, celle de la transmission au sein d’une chaîne trans-générationnelle, permettant d’aller de l’homme et de l’humanité toute entière vers sa descendance. Elle joue ainsi un rôle essentiel dans le maillage des relations sociales et dans la communication entre individus. Teilhard de Chardin voyait dans la femme une « lumière éclairant tout le processus de concentration universelle », qu’il dénommait « l’esprit d’union » [1]

En devenant mère, elle dépasse son propre destin pour s’unir plus étroitement à la fois à l’homme avec lequel elle a conçu son enfant, mais aussi à toutes les femmes devenues mères avant elle, et qui le seront encore après elle. La maternité implique donc aussi la fonction paternelle tout en remplissant un rôle social. Elle est affaire privée tout autant que publique. On comprend alors à la fois toute l’importance symbolique de la maternité, qui s’apparente au sacré, mais aussi la charge émotionnelle et le risque d’aliénation qui en découle.

Dans les suites de couches, la femme est confrontée à la fois aux changements de son propre corps, aux fantasmes qu’elle a nourri pendant neuf mois, et à la réalité concrète et souvent bien différente, de la prise de responsabilité face au nouveau-né.

La jeune maman sort de la clinique généralement vers le troisième ou le quatrième jour qui suit son accouchement, c'est-à-dire au moment du retrait brutal de l’inondation hormonale qui a accompagné la fin de sa grossesse et de son accouchement. Cela se traduit chez elle par des crises de larmes inexpliquées, un sentiment de profonde tristesse, l’impression d’être incapable de s’occuper correctement du bébé, et surtout par une culpabilité à ne pas se sentir parfaitement efficace et radieuse dans ce moment tant attendu. On appelle cet état le « Baby-blues ». Il toucherait 50 à 80 % des femmes dans les jours qui suivent la naissance, et ne dure que quelques jours, contrairement aux dépressions du post-partum et à certaines pathologies psychiatriques qui commencent plus tardivement, dans les semaines suivantes et peuvent durer beaucoup plus longtemps.

On comprend donc que la période qui suit l’accouchement soit peu propice à une sexualité torride, et toute entière consacrée au bébé et aux bouleversements matériels et émotionnels qui accompagnent sa naissance. Pour le couple, la priorité est l’accueil de l’enfant nouveau-né et l’adaptation à un nouveau rythme de vie, nécessairement centré sur l’enfant. L’attention des deux parents est focalisée sur les horaires des tétées, les soins à donner au bébé, et ne se relâche un peu que pendant les périodes de sommeil, souvent malheureusement trop brèves, du nourrisson.

La maman de son côté décrit bien souvent un sentiment d’étrangeté face à son corps, encore douloureux et qu’elle a du mal à reconnaître et à se réapproprier. Les pertes de sang vont durer environ dix-huit jours (lochies). La plupart du temps, il y a eu épisiotomie et une sensation d’inconfort persiste encore au niveau du périnée. Quelquefois c’est une cicatrice de césarienne qui vient barrer le ventre et rappeler à l’ordre lors de certains mouvements, ou des crevasses sur les seins, ou même quelquefois une incontinence, car la musculature abdominale et périnéale est encore très relâchée. Tout ceci s’accompagne d’une sensation de meurtrissures diffuses, de kilos en trop, de distension vaginale, de rétention d'eau, et surtout d’une fatigue lancinante par manque de sommeil.

Dès lors, même s’il est théoriquement possible de recommencer des rapports sexuels trois à quatre semaines environ après l’accouchement, il n’est pas rare que le couple tarde davantage à se rapprocher. En règle générale, les rapports reprennent le plus souvent à l’initiative de l’homme, et la majorité des couples retrouve son rythme sexuel au bout de six à huit semaines. Lorsque les semaines deviennent des mois, on ne peut plus parler de Baby blues, mais bien de difficulté sexuelle, c'est-à-dire d’un symptôme véritable qui doit attirer l’attention sur une pathologie à part entière.

La douleur est le frein le plus fréquent à la reprise de l’activité sexuelle après un accouchement. Mais il faut savoir qu’une cicatrice d’épisiotomie se referme généralement dès le cinquième jour, et que tout doit être rentré dans l’ordre au bout de dix à quinze jours. La douleur persistante d’une cicatrice d’épisiotomie ou de césarienne n’a pas de raison d’être, sauf s’il existe des complications, et doit faire consulter.

Mais pour beaucoup de femmes en difficulté dans leur sexualité après leur accouchement, il peut arriver aussi qu’une douleur persistante soit le signe d’une souffrance d’une autre nature. La cicatrice, bien réelle et objectivable, peut constituer la lésion de départ sur laquelle viennent buter et prendre corps un manque affectif, un sentiment d’abandon, de culpabilité, de manque de confiance en soi, qui vont démultiplier l’inconfort physique et le faire vivre bien au-delà de ses limites concrètes, bien après sa guérison visible. La douleur devient alors une manière de crier dans son corps sa difficulté d’être mère, d’être femme, d’être maîtresse et épouse.

La difficulté de redevenir femme en devenant mère, tient souvent à l’histoire personnelle de chacune. S’il est légitime d’avoir un peu de mal à retrouver une image positive de son corps après le tsunami hormonal de la grossesse et de l’accouchement, il peut arriver que des antécédents d’anorexie, de boulimie, de syndrome dépressif … retardent la reprise de confiance en soi et en son corps.. Sans image positive de son corps, le désir sera absent ou amputé, la relation avec l’autre difficile à rétablir, car difficile déjà avec soi-même. Pour Françoise Dolto, l’image du corps est « la synthèse vivante de nos expériences émotionnelles ». La maternité et l’enfantement sont des expériences physiques et émotionnelles majeures, qui vont installer définitivement la jeune mère dans son corps définitif, et il n’est pas toujours facile de se reconnaître dans ce nouveau corps, revisité par la maternité.

La relation triangulaire père – mère - enfant, elle aussi, n’est pas toujours simple à mettre en place. Elle s’accompagne souvent de peurs, de sentiment de culpabilité. Prise en étau entre les exigences d’un bébé à peine né, et celles d’un mari qui réclame lui aussi un peu de son attention, la jeune mère a du mal à savoir se situer. Et bien souvent son mari aura l’impression d’être devenu le gros bourdon que l’on chasse de la ruche une fois son travail de géniteur accompli. La période qui suit l’accouchement est donc délicate, et l’attitude du père pèsera lourd dans la reprise des rapports sexuels. S’il se montre trop empressé, voire harcelant par une demande sexuelle trop rapide et trop pressante, la jeune maman pourra avoir du mal à renouer sexuellement avec lui. En revanche, s’il sait se montrer affectif, attentif et assumer son rôle de père, la jeune maman aura vite envie de se rapprocher de lui. Les « nouveaux pères » d’aujourd’hui semblent d’ailleurs avoir moins de mal à assumer leur paternité, y compris face au nouveau né, que dans les générations précédentes. Ils s’impliquent plus spontanément, sont davantage présents, partagent plus facilement les tâches ménagères et les soins à donner aux enfants. Il semble même que s’opère une véritable mutation des rôles respectifs des parents, glissant de la complémentarité entre rôles séparés, à l’égalité de rôles confondus.

Une sexualité qui tarde à reprendre après un accouchement est bien souvent le révélateur d’une difficulté plus profonde. Au-delà de quelques semaines, cela peut traduire une fatigue persistante, une image négative de son corps, la réactivation de troubles affectifs ou d’un sentiment de culpabilité plus anciens. Cela peut aussi être le symptôme émergeant d’une difficulté de communication entre partenaires, accentuée par les exigences des soins à donner au nouveau-né, d’un conflit latent, d’un ressentiment ancien. Bien souvent aussi, c’est la demande parfois maladroite ou trop insistante d’un partenaire se sentant, à tort ou à raison, négligé, voire rejeté, qui va servir de détonateur et générer des refus répétés, aggravant le sentiment d’abandon du jeune père et la situation.



[1] Pierre Teilhard de Chardin Accomplir l’homme .Lettres inédites (1926-1952) Paris Grasset 1968 p 258.

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