Santé Sexuelle au Féminin

Pourquoi l’orgasme des femmes est toujours mystérieux ?

Marie-Hélène Colson

L’orgasme des femmes, si difficile à cerner, n’en finit toujours pas de susciter des commentaires et des controverses. Vaginal ou pas, Coïtal ou pas, inné ou acquis, avec ou sans éjaculation féminine, simulé ou non… Pour Santé 13, le Dr Maire-Hélène Colson, Secrétaire Général de la Fédération française de Sexologie et de Santé Sexuelle, nous aide à nous y retrouver parmi les avancées de la recherche.

Aucune logique apparente

Tout d’abord, l'orgasme ne semble, chez les femmes, n’obéir à aucune règle logique de déclenchement. Assez peu reproductible (beaucoup de femmes ayant des orgasmes coïtaux n’en ont pas à chaque fois), il ne se manifeste jamais deux fois de la même manière. De nombreuses femmes qui n’ont pas d’orgasme pendant un rapport sexuel, peuvent en avoir très facilement par la masturbation en quelques minutes, comme le signalait déjà Kinsey en 1953. Le professeur américain notait aussi dans son rapport, que 20% de femmes qui ont des relations extraconjugales atteignent plus facilement l’orgasme avec leur amant qu’avec leur mari.

Et les femmes qui ont déjà eu des orgasmes, signalent aussi très souvent qu’elles peuvent traverser des périodes plus ou moins longues sans orgasme. Pour ne rien simplifier, la biologiste Helen Laan a bien mis en évidence que l’excitation et l’orgasme sont, chez la femme, davantage influencés par le contexte émotionnel et subjectif que par la stimulation directe génitale (E. Laan, 1994).

Des hommes maladroits ?

Si pour certains auteurs, comme les britanniques Weiss et Brody, qui ont publié de nombreux articles, très controversés, sur le sujet, la qualité de l’orgasme féminin se mesure à la longueur du pénis ou à sa rigidité,la part masculine semble en réalité peu intervenir dans la capacité d’une femme à jouir. Celle-ci semble davantage liée à sa capacité d’ abandon qu’à la durée ou la qualité de la stimulation sexuelle, ou au savoir-faire du partenaire.

Pour de nombreux auteurs, en effet, ce n’est pas tant la qualité de la prestation masculine que le contexte émotionnel et affectif de la relation sexuelle qui détermine la possibilité d’une femme à jouir. Pour Kinsey, d’ailleurs, au-delà de 10 à 15 minutes de pénétration, la probabilité pour la femme d’avoir un orgasme n’augmente pas.

Les partenaires maladroits, inexpérimentés, ou eux-mêmes bloqués dans leur sexualité sont bien évidemment assez peu à même d’aider une femme déjà trop tendue pour se laisser aller à l’orgasme tant désiré. Mais parfois cependant, le partenaire est un amant attentif, trop peut-être, qui la stimule inlassablement dans l’attente anxieuse de l’orgasme qui le confirmera dans son identité virile, sans plus de succès.

Quelquefois aussi, c’est sur un fond davantage obsessionnel qu’il recherchera à déclencher cet orgasme tant attendu, en entraînant sa partenaire dans la quête sans fin de sources de stimulations toujours plus diversifiées (sex toys, échangisme, etc.). Lorsque l’angoisse du partenaire à satisfaire sa femme se fait trop prégnante, elle renforce bien entendu chez elle l’impossibilité d’abandon , de lâcher du corps et l’absence d’orgasme, ainsi que le découragement et le sentiment d’anormalité.

Des données scientifiques apparemment contradictoires

Les récentes avancées scientifiques, en particulier celles des données conjuguées de l’imagerie de résonance magnétique, de l’échographie et de l’anatomie, ne parviennent pas éclaircir le mystère, mais viennent plutôt l’épaissir.

Nous savons, depuis les travaux de Mah et Binik en 2001, que le premier orgasme d’une femme a toujours comme point de départ la stimulation directe d’une zone génitale. Mais une fois le chemin du plaisir connu, toute femme pourra le retrouver à partir de points de stimulation multiples, pouvant être situés au-delà des zones génitales. Barry Komisaruk et Beverly Whipple, de l’université de Rutgers aux USA, tous deux bien connus pour leurs travaux en la matière, recensent, dans un article récent, pas moins de onze formes différentes possibles, et extra-génitales, d’orgasme. Dans la même revue, Debby Hebernik, signale la possibilité pour certaines femmes, de déclencher un orgasme par le simple exercice physique.

Nous sommes bien loin de la polémique rudimentaire du XX° siècle, alimentée par les tenants de l’orgasme vaginal, héritiers de Freud et de ses disciples, affrontant la vague féministe défendant l’idée que le seul vrai orgasme d’une femme est clitoridien.

Quant au point G et aux nombreuses controverses qu’il n’en finit pas de nourrir depuis les années 80, il aura eu le mérite d’encourager des millions de femmes à le rechercher en elles, c’est-à-dire à devenir plus actives sur leur sexualité. Elles ont ainsi appris à aller chercher leur plaisir au lieu de l’attendre, ce qui est certainement le meilleur moyen de le rencontrer enfin.

Il n’existe qu’un seul orgasme féminin

Helen O’Connell, une urologue australienne, a été la première à mettre en évidence, dès la fin des années 90, l’existence deconnections neurologiques entre vulve, clitoris, vessie et vagin, réconciliant ainsi les femmes entre elles :il n’existe qu’un seul orgasme féminin, dont les points de déclenchement peuvent se situer dans des zones cibles différentes, vagin, anus, clitoris, vulve, vessie, voire extra génitales, en fonction de l’expérience de chacune.

Aujourd’hui, il apparait de plus en plus, que l’orgasme féminin, bien plus que celui de l’homme, est un réflexe de plaisir, pouvant être déclenché par la stimulation de zones multiples, sous le contrôle des zones cérébrales, en particulier préfrontales. Cette étroite dépendance cérébrale du déclenchement de l’orgasme des femmes explique qu’il puisse être apparemment aussi capricieux et ne se déclencher que lors de certaines conditions émotionnelles permettant l’abandon de soi et le lâcher-prise. Il est favorisé par la qualité de l’échange avec le partenaire et, plus généralement par celle de la relation à deux.

Marie-Hélène Colson

Le 1° orgasme d’une femme

Les études de la suédoise K. Fugl Meyer, illustrent bien l’évolution actuelle de la sexualité. Alors que la plupart des jeunes femmes des années 60 éprouvaient leurs premiers orgasmes par la pénétration, c’est par le cunnilingus que les jeunes femmes d’aujourd’hui font connaissance avec leur jouissance. Les pratiques comme la fellation, le cunnilingus ou la pénétration anales, se sont aujourd’hui fortement répandues; probablement par le fort recours à la pornographie des jeunes générations.

Les chiffres de l’orgasme

Aujourd’hui encore, une femme sur quatre dans le monde souffre d’un problème d’orgasme.

L'étude du Pr. Kinsey et l’orgasme des femmes (1953)

  •  50% de problèmes d’orgasme avant 20 ans, mais plus que 10% avant 35 ans.
  •  50% à 57% de celles qui ont déjà eu des orgasmes avant les premières relations sexuelles arrivent à l’orgasme dans l’année qui les suit, contre 29% de celles qui n’en ont jamais eu auparavant.

Pour aller plus loin : liens Internet des Références de l'article :

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