Santé Sexuelle au Féminin

Le Vaginisme

Martine Bétou-Bascoulès

Le vaginisme désigne l’impossibilité à la pénétration vaginale.

Il est lié à un spasme prolongé et involontaire des muscles du plancher pelvien.

Toute tentative de pénétration heurtant ce barrage musculaire est douloureuse.

Les douleurs provoquent en retour la contraction réflexe des muscles, renforçant ce phénomène involontaire.

La peur d’avoir mal va entretenir par la suite le cercle vicieux du vaginisme : contact, spasme, douleurs, évitement, nouvelle tentative, appréhension, spasme, douleur…

Le vaginisme se manifeste surtout au début de la vie sexuelle. Il peut être le signe d’un manque de confiance en soi, en sa féminité, parfois un refus de cette féminité ou une difficulté à entrer en contact avec l’autre, le désir de l’autre. Il peut être secondaire à des lésions organiques ou lié à une difficulté personnelle.

Il retentit sur la qualité de vie personnelle et relationnelle.

On peut dire que le vaginisme porte mal son nom.

En effet, dans le vaginisme, l’anatomie des organes génitaux, du vagin en particulier, est normale.

L’hymen, d’abord, à l’entrée du vagin, est un vestige embryonnaire, une très fine membrane translucide qui n’a pas de résistance mécanique et, non innervée, elle n’est pas sensible. Il persiste quelque fois quelques lambeaux d’hymen au niveau de l’orifice vaginal, quelques résidus qui s’élimineront lors des premiers rapports sexuels sans douleur intense, le saignement de la défloration, le plus souvent modéré, n’étant pas obligatoire.

Le vagin, ensuite, est une cavité dont les parois sont souples.

Au repos, un peu comme une chaussette vide, le vagin est plat. Ses parois souples et élastiques, reposant l’une contre l’autre, vont se mouler sur ce qu’on y introduit : le doigt, le tampon périodique, le pénis, ou encore le spéculum lors de l’examen gynécologique, et aussi le bébé lors de l’accouchement.

Vers la vulve, à son orifice extérieur, le vagin traverse une épaisseur musculaire qui ferme le bassin entre les jambes, c’est le périnée. Quand ces muscles se contractent l’orifice du vagin, compressé, se ferme.

Tous nos orifices disposent d’un système de fermeture musculaire : la bouche, l’anus, etc.

Les paupières par exemple protègent la surface sensible et fragile de nos yeux. A la moindre menace la paupière, par un réflexe rapide, se ferme devant l’œil pour le protéger du vent, de la lumière ou de la projection d’un objet. En percutant entre les yeux la racine du nez de quelqu’un avec le bout du doigt on verra que ce réflexe involontaire se produit et se reproduit même lorsqu’il n’y a pas de danger mais s’épuise quand on insiste, parce que la personne finit par contrôler la situation … et son réflexe !

Dans le vaginisme, ce sont les muscles du périnée, très développés chez la femme, parce l’être humain marche debout, qui sont en cause.

C’est la contraction réflexe de ces muscles du périnée, contraction involontaire et puissante, déclenchée par la peur ou les tentatives de pénétration, qui bloque le passage à l’orifice du vagin et fait mal lors de toute tentative de pénétration, quoi qu’on cherche à introduire dans le vagin, y compris souvent son propre doigt.

Le vagin ainsi comprimé est strictement impénétrable.

L’imagination

Typiquement, c’est une femme jeune, voire une jeune fille sage, très proche de sa famille d’origine, qui n’a aucune idée ou une idée assez floue de son anatomie, qui a peu ou pas d’expérience sexuelle et une représentation plutôt négative de la sexualité.

En général, même pour sa toilette, elles n’a jamais touché son sexe, jamais osé un contact direct avec sa vulve et encore moins une exploration profonde de son sexe. Elle trouve inconvenant le simple fait d’en parler. Elle n’aime pas du tout imaginer son sexe et refuse de le dessiner. Quel intérêt ? Elle fait la grimace.

Quand elle fait cet effort, elle n’a pas de représentation réaliste, ni de sa vulve ni de son vagin, ni des autres structures de son corps autour de son appareil génital. Quand elle arrive à l’imaginer, c’est un vagin minuscule dont l’image lui vient, en tout cas disproportionné vis-à-vis du pénis en érection, ou encore rigide, plein ou bouché, muré à l’orifice, impénétrable !

Elle pense évidemment qu’elle devra avoir des rapports sexuels pour fonder un couple durable puis une famille.

Elle croit aussi, paradoxalement que la sexualité, parce qu’elle est naturelle, doit être simple et s’exprimer spontanément, qu’elle devra réussir la sienne sans le moindre apprentissage, dès lors qu’elle en aura le désir et l’aura décidé.

En fait, cette femme pense que la sexualité est à la fois nuisible, dégoûtante, incompatible avec son anatomie et obligatoire pour réussir sa vie.

Ce type de croyances peut résulter d’une éducation qui prône la virginité en attendant le mariage. Il est clair que la difficulté est de taille et que bien des nuits de noces, tant attendues pourtant, en seront gâchées !

Cette femme va s’organiser. Elle aura une sexualité agréable avec un partenaire peu exigent, sans pénétration. Le problème se posera parfois après des années quand le couple, verra émerger un désir d’enfant. Et bien sûr, le coït, acte reproducteur n’est pas dans les possibilités de ce couple, dans lequel le partenaire n’est pas choisi au hasard. Il n’est pas rare que lui aussi soit décontenancé à l’idée de pénétrer le vagin. Il est souvent inexpérimenté. Il n’est pas rare si la situation de sa partenaire évolue, si ,elle se libère qu’il présente des troubles de l’érection.

Il se peut que la jeune femme vaginique ait finalement peur de grandir.

Elle veut inconsciemment rester fille et trouve naturellement insurmontable tout ce qui pourrait la séparer de ses parents. La peur de les voir vieillir peut faire obstacle à la pénétration. Cet acte de passage, symbolique, l’amènerait à devenir femme puis mère à son tour, faisant de ses parents des grands-parents et les rapprocherait finalement de la tombe.

De quoi nourrir de vraies angoisses et différer le passage à l’acte !

En thérapie, la femme vaginique est ponctuelle et fidèle à elle-même. Elle demande des rendez-vous espacés et avance peu, jusqu’à ce que la motivation vienne d’elle-même. Elle peut alors étonner par son évolution rapide et sa façon de devancer les conseils du thérapeute.

La réalité

Il est important de savoir que la sexualité s’apprend.

Le rapport entre un homme et une femme, surtout dans la relation sexuelle, ne va pas de soi. L’ignorance, les fausses croyances et les idées reçues compliquent l’apprentissage de la sexualité et influencent nos comportements et nos ressentis. C’est dire l’importance des modèles que nous ont donnés nos parents et notre entourage, et la place de l’information que nous avons reçue en matière de sexualité.

Bien entendu, la pénétration est perceptible.

Elle touche la vulve et le vagin, les organes génitaux, une partie du corps de la femme qui est riche en vaisseaux sanguins et en nerfs sensitifs. Il est logique et souhaitable de la percevoir, de se percevoir dans cette situation, de sentir ce qui se passe pour prendre conscience de cette réalité, et parfois vivre l’expérience d’une première fois en se jetant à l’eau, avec l’envie de le faire, emportée par la stimulation mentale que procure l’excitation.

Mais même cette sensibilité élémentaire qui peut sembler incontournable, la douleur « obligatoire » ne se produit pas et la femme qui s’attendait à souffrir obligatoirement ou à jouir d’ailleurs, sera surprise et décontenancée de ne rien ressentir du tout ou pas grand chose !

Le plus souvent, la femme doit se chercher, apprendre à mieux se connaître elle-même, se donner du temps, apprendre à se faire confiance, explorer son corps, son anatomie, son relief corporel, ses cavités, ses sensations et ses émotions, ses ressentis pour parvenir à s’approprier sa féminité et sa sexualité.

Il est préférable de commencer à le faire avant la rencontre, pour avoir quelque chose à partager. La sexualité connaitra un nouvel élan, un développement progressif au cours des rapprochements successifs, dans l’aventure de la rencontre et l’épanouissement de la relation.

Un phénomène qui n’est pas isolé

Il convient de tenir compte du contexte entourant la sexualité (personnel, professionnel, relationnel, familial) et de l’histoire personnelle en ne perdant pas de vue que le corps exprime souvent des ressentis inconscients.

Bien entendu, la qualité de la relation avec le partenaire est très importante pour la qualité de la sexualité partagée. Que l’ambiance soit bienveillante dans le couple, et qu’on trouve dans cet espace la possibilité de prendre son temps et de s’exprimer librement sans crainte de blesser ni de décevoir est favorable à l’épanouissement sexuel. Mais une difficulté personnelle peut venir compliquer les échanges. L’image de soi, l’estime de soi et la confiance en soi sont mises à l’épreuve dans la confrontation à l’autre.

Il faut s’aimer un peu, un minimum, pour accepter ce face à face, ce corps à corps dans lequel il y a peu de possibilité de garder un masque.

Des expériences passées douloureuses, en rapport ou pas avec la sexualité, une violence physique ou morale subie dans son histoire, peuvent entraver la curiosité naturelle. La magie de la découverte peut se troubler de souvenirs dérangeants, douloureux, angoissants qui vont polluer la rencontre.

Le vaginisme secondaire.

Le vaginisme peut apparaître secondairement dans la vie génitale de la femme qui a connu une période de sexualité confortable, agréable, source de plaisir, parfois même après une maternité normale avec accouchement par voies naturelles.

Parfois un souvenir oublié, enfoui dans la mémoire profonde et inconsciente du corps, ressurgit dans un moment d’intimité, quand quelque chose le réveille. Ce souvenir pénible qui avait été écarté envahit le champ de la conscience, déclenche des émotions et un mécanisme réflexe de protection, le vaginisme, fermeture automatique et involontaire du corps qui fait barrage à toute tentative d’approche et interdit toute possibilité d’accueil de l’autre, avec un sentiment d’échec et beaucoup de frustration, pour les deux partenaires.

D’autres fois, de façon progressive, parfois insidieuse, ce sont des douleurs qui apparaissent lors des relations sexuelles, des douleurs qui s’installent et se compliquent.

On appelle ses douleurs des dyspareunies. Elles peuvent être superficielles, au niveau de la vulve ou de l’orifice vaginal, ou profondes, déclenchées par la pénétration ou certaines positions.

A type de brûlures, pesanteurs, tiraillement, en coup de poignard, lancinantes… leur retentissement est variable, plus important quand les douleurs durent ou sont intenses.

Un vaginisme peut s’installer et peu à peu limiter puis interdire la pénétration.

L’excitation est parfois laborieuse et une insuffisance de lubrification au moment des rapports sexuels peut suffire à causer une inflammation tenace et même des fissures de la muqueuse génitale. Il est important au moment du contact génital, de compléter les sécrétions naturelles par un lubrifiant intime qu’on demandera à son médecin, son gynécologue ou son pharmacien, pour un confort élémentaire indispensable à tout épanouissement sexuel.

La sècheresse de la vulve, manque d’hydratation intime manifestée même en dehors des rapports sexuels, est très inconfortable y compris pendant les relations sexuelles. Ce phénomène est favorisé par les traitements locaux, les infections locales bénignes, certains traitements généraux (antibiotiques en particulier), les variations hormonales des cycles menstruels, la contraception orale, les différentes étapes de la maternité et la ménopause.

Pourtant désireuses d’avoir des relations sexuelles normales, ces femmes ne comprennent pas ce qui leur arrive, elles se sentent diminuées, incompétentes et anormales.

Certaines femmes se replient, s’isolent, redoutent les rapports sexuels et repoussent leur partenaire dès qu’il tente de les approcher, parfois même elles perdent l’envie de faire l’amour. Elles évitent la sexualité, l’intimité et les échanges affectifs craignant les dérapages. Leur partenaire subit cette situation, la dégradation de la sexualité et de la relation dans le couple.

Que faire ?

La douleur physique, la souffrance morale, la mauvaise santé sexuelle limitent la qualité de vie et l’épanouissement personnel et relationnel.

Les douleurs pendant les rapports sexuels ne sont pas normales quel que soit leur degré et leur intensité et justifient de consulter son médecin ou son gynécologue.

Il est bien-sûr indispensable de s’assurer qu’il n’existe pas d’anomalie morphologique au niveau des organes génitaux, que l’anatomie est bien normale.

Il peut exister, bien que ce soit assez rare, des malformations qui peuvent gêner la pénétration mais il faudra se garder de « corriger » des anomalies imaginaires par une chirurgie réparatrice qui n’est jamais sans danger et dont le résultat risque de décevoir quand il n’aggrave pas les choses.

Il est très important de rechercher pour les douleurs gênant la sexualité une cause curable, puis une solution adaptée, un traitement spécifique. Il faut rechercher une infection ou une lésion locale, superficielle ou profonde, un désordre hormonal, une maladie générale.

La sècheresse vaginale doit être prise en charge en fonction du contexte, de façon spécifique.

Il existe des solutions, parfois plus simples qu’on l’imagine.

Consulter peut aider à mieux comprendre des mécanismes inconscients, à trouver ou restaurer le confort indispensable à tout épanouissement sexuel.

Il est important de ne pas se résigner dans de telles situations, et de rechercher de l’aide auprès de son médecin ou son gynécologue qui éventuellement orientera vers un sexologue qui pourra accompagner la femme vers un meilleur équilibre et un nouvel épanouissement sexuel, personnel et relationnel.

La santé sexuelle contribue à notre équilibre.

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