Santé Sexuelle au Féminin

Toutes les femmes fontaines n’éjaculent pas…

Samuel SALAMA, Florence BOITRELLE, Amélie GAUQUELIN, Pierre DESVAUX

Lors des relations sexuelles, lorsqu’un haut niveau d’excitation est atteint, certaines femmes expulsent un liquide en abondance variable. Ce phénomène est connu depuis l’Antiquité et a même été valorisé, car les médecins de l’époque pensaient qu’il participait activement à la reproduction. Mais l’invention du microscope a mis à mal cette théorie. Depuis toujours, l’origine de ces émissions liquidiennes a questionné les scientifiques et beaucoup de médecins célèbres ont avancé leur théorie pour expliquer ce phénomène [1].

Un écoulement intime qui aura fait couler beaucoup d’encre…

Après avoir été occultée pendant de nombreuses années, où la science ne prêtait que peu d’importance à la sexualité féminine et où ces écoulements étaient considérés comme de l’incontinence urinaire qui devait être traitée, cette manifestation du plaisir de la femme redevient d’actualité. Internet regorge de sites d’information ou de blogs dans lesquels des femmes viennent se confier et échanger leurs expériences ou questionnements. Chaque année, plusieurs livres traitants de ce sujet sont édités. Régulièrement la presse féminine publie un article sur le sujet. Il existe des sites Internet où l’on propose de vendre la technique pour faire «jouir une femme en fontaine» et il existe même des séminaires et des ateliers pratiques sur ce thème, proposés dans le monde entier.

Mais si on se réfère à ces «spécialistes» concernant la physiologie, il est surprenant de constater qu’à l’aube du 21èmesiècle, les avis ne sont pas unanimes: certains avouent ne pas savoir, d’autres affirment qu’il s’agit d’une émission provenant de la prostate ou des glandes de Skène, d’autres parlent d’hyper lubrification vaginale et enfin certains évoquent des urines [2]. A la décharge de ces non-scientifiques, il est surprenant de constater que très peu d’études scientifiquement valables ont été réalisées et publiées sur le sujet.[3]

Qu’est ce qu’une femme fontaine?

Les femmes fontaines peuvent, au cours de l’excitation sexuelle, émettre par l’urètre, une quantité plus ou moins importante de liquide. Ce phénomène est bien différent de l’incontinence urinaire au cours du coït. Bien souvent l’expression «éjaculation féminine» est employée dans ce contexte. Le terme d’éjaculation est définit par l’«action de projeter hors de soi avec force une sécrétion» et fait immédiatement référence au sperme émis lors l’orgasme masculin.

Pour rappel, le sperme est composé de la réunion des liquides séminaux et prostatiques et bien sûr des spermatozoïdes.

La prévalence des femmes fontaines est difficile à évaluer dans la population générale: entre les femmes pour qui le phénomène ne survient qu’une seule fois dans leur vie, et celles chez lesquelles cela est récurrent (à chaque rapport). Selon une étude internationale menée en ligne en 2013 [3] sur plus de 320 femmes qui se disent fontaines, 25% témoignent émettre plus de 150 mL de liquide. Pour certaines cela survient, systématiquement à chaque rapport (19,4%); pour d’autres cela se produit plus rarement (4,4%).

Que savons nous sur l’éjaculation féminine?

En 1952, Ernest Graffenberg (à qui l’on a attribué la paternité du point G, sans qu’il ne l’ait jamais cité à proprement parler) publie un article dans lequel il montre le rôle de l’urètre dans le plaisir sexuel chez la femme. Dans les années 90, Milan Zaviacic a montré que certaines femmes avaient une prostate le long de l’urètre et que cette dernière pouvait être fonctionnelle avec la production de PSA (Prostatic Specific Antigen) et autres marqueurs spécifiques. Cette prostate féminine ne mesure que quelques centimètres et pèse quelques grammes. En 2001, Gary Schubach [4] a montré chez 7 femmes fontaines la présence de fructose dans le fluide émis avec de l’urée et de la créatinine dilués.

Nous n’avons pu retrouver à ce jour aucune étude utilisant un moyen d’imagerie médicale simple qui permettrait de localiser précisément une collection liquidienne pelvienne importante (> 150 mL) et permettrait alors de connaître l’origine de ce fluide. Pour cela, nous avons proposé le protocole de recherche suivant:

Les résultats d’une étude française originale sur les femmes fontaines (département de biologie reproductive, de cytogénétique et de gynécologie, Poissy)

Entre septembre 2012 et mai 2013, nous avons invité plusieurs femmes ayant une expérience régulière d’émission fontaine à participer à notre étude scientifique afin de localiser échographiquement l’origine de l’émission fontaine et de pouvoir analyser biochimiquement le liquide. A l’arrivée, chacune signait un protocole d’accord pour l’étude et avait un interrogatoire médical et sexologique pour s’assurer que tous les critères d’inclusion étaient réunis. Ensuite, la participante allait uriner et un premier échantillon pour analyse biochimique était prélevé (B1). Une première échographie (E1) permettait de vérifier que la vessie était complètement vide. Apres une auto stimulation permettant une excitation sexuelle suffisante, une échographie (E2) était réalisée pour évaluer les organes pelviens et rechercher un collection liquidienne. Après l’émission fontaine, un échantillon du liquide était collecté (B2) et immédiatement après, une troisième échographie (E3) était réalisée. Enfin une nouvelle miction spontanée était demandée à la participante dès que possible.

Résultats:

Au total, 7 femmes de 19 à 52 ans, répondant aux critères d’inclusion ont accepté de participer à l’étude. Pour toutes, l’échographie E1 a permis de confirmer que la vessie était bien vide après la miction. L’échographie E2 a montré chez toutes les participantes un remplissage variable de la vessie et aucune autre collection liquidienne n’a été identifiée chez aucune des 7 participantes. L’échographie E3 après l’émission fontaine retrouve chez toutes les femmes une vessie complètement vide. Ces 3 échographies successives, montrent que la vessie joue un rôle primordial dans le mécanisme de l’émission fontaine. L’analyse biochimique montre la présence d’urée, de la créatinine et d’acide urique dans les 3 échantillons. Du PSA a été détecté dans les prélèvements B2et B3 chez 5 des 7 participantes alors qu’aucune n’en avait dans les urines B1. Pour 2 de ces femmes il n’y a pas eu de PSA retrouvé alors qu’elles sont «fontaines».

Conclusions:

Cette expérience permet d’affirmer que l’émission fontaine provient de la vessie et que le liquide a été principalement excrété par les reins. La prostate a une fonction très accessoire. En 2011 Rubio Casillas [5] a montré chez une patiente, grâce à un procédé de cathéthérisation de l'urètre féminin, qu’il existait en réalité 2 mécanismes distincts et indépendants: une émission d’un liquide blanchâtre provenant de la prostate (éjaculation) et une émission d’urine provenant de la vessie (émission fontaine).

Le vécu des femmes et de leur partenaire

Les émissions liquidiennes péri orgasmiques de la femme ne sont aujourd’hui plus un mythe mais bien une réalité du plaisir féminin. Bien qu’il existe très peu de recherches sur la physiologie de la fonction sexuelle des femmes, d’autres études témoignent du vécu de ces femmes et de leur partenaire. Le sondage réalisé en ligne sur 320 femmes fontaines retrouve que 78,8% d’entre elles ont trouvé une amélioration de leur sexualité grâce aux émissions fontaines et que moins de 10% regrettent d’émettre autant de liquide (le volume émis par certaines oblige à changer les draps ou demande une organisation logistique…). Quatre vingt dix pourcent des partenaires de ces femmes ont une attitude plutôt positive vis à vis de ce phénomène. Caroline Lesaffre [6] a interrogé 12 hommes ayant connu plus de 3 femmes fontaines et retrouve que la plupart apprécient «cette inondation» et que tous pensent que toutes les femmes peuvent être fontaines à condition d’un total «lâcher prise» et d’une stimulation spécifique par le partenaire.

 

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