Santé Sexuelle au Masculin

Trop précoce?

Marie hélène Colson

L’éjaculation précoce: Vieux comme le monde!

Ejaculation PrécoceTous les hommes sont éjaculateurs précoces. Ou plutôt, la nature est ainsi faite que l’éjaculation précoce y est la loi. La sexualité s’exécute, pour chaque espèce animale, selon une sorte de programme préétabli, en une séquence définie et systématique, limitée dans le temps. L’homme n’échappe pas à la règle, et il n’est guère mieux servi que le lapin, dans ce «degré zéro» de la sexualité, puisque le temps qu’il met à éjaculer est, à l’état naturel, particulièrement bref: pas plus de dix secondes. Les rhinocéros et les baleines, dont l’accouplement dure plusieurs heures, ont davantage de chance que lui.

Malheureusement, il y a longtemps que nous sommes sortis des cavernes, et les exigences de notre société en matière de sexualité ne cessent d’évoluer depuis. Si le XIX° siècle encourageait une sexualité rapide avec une pénétration brève, convenant mieux à une sexualité purement reproductive, il n’en est plus question aujourd’hui.

La sexualité des adultes de notre temps, est basée sur un plaisir partagé entre deux partenaires aspirant chacun à un épanouissement mutuel. Il devient donc impératif de trouver le chemin d’une synchronisation commune entre deux physiologies radicalement différentes. Le temps de la femme n’est pas celui de l’homme. Pour se retrouver, les femmes doivent apprendre à devenir plus actives, afin de maintenir vivante l’excitation de leur partenaire. Mais les hommes de leur côté, doivent apprendre à différer leur éjaculation, afin d’attendre le plaisir féminin.

L’éjaculation précoce est certainement le fait sexuel le plus communément partagé par des millions d’hommes dans le monde. Elle pourra être, suivant les époques et les cultures, valorisée, habituelle ou stigmatisée. Elle repose sur une réalité physiologique présente au départ en tout homme. Mais ce « degré zéro » de la programmation phylogénétique laisse la porte ouverte au conditionnement et peut déboucher sans grande difficulté sur un savoir-faire permettant une mise en phase avec les besoins personnels et les attentes de la partenaire.

Des sociétés et des hommes: un peu d’histoire

Ejaculation PrématuréeLa copulation met en danger le mammifère et l’homme n’échappe pas à la règle. Même si nous ne sommes plus à l’Âge du feu, nous sommes toujours prisonniers de notre physiologie. Pendant bien longtemps, la programmation de l’espèce et les rythmes naturels du corps ont été en accord avec le modèle sexuel alors en vigueur : une femme passive sexuellement, toujours disponible et préjugée féconde, possédée par un homme dont une brève érection attestait suffisamment de sa virilité, sans qu’il soit besoin de lambiner pour accomplir un devoir conjugal vite expédié quand le besoin s’en faisait sentir pour lui.

Vincent Tagereau résume très bien, en 1611, dans son «Discours sur l’impuissance de l’homme et de la femme», les trois conditions de la puissance virile : « dresser, entrer, mouiller », sans conditions de temps, bien entendu. L’éjaculation dite précoce est donc ici non seulement en accord avec la programmation physiologique, mais souhaitable et parfaitement admise par tous, hommes et femmes s’inscrivant dans une société nataliste et phallique. Le plaisir féminin ne fait pas partie des règles en vigueur.

Cependant, dans cet étroit réseau tissé d’interdits, on retrouve, çà et là, quelques chemins de traverse. L’amour courtois qui permet le plaisir externe de la femme au moyen âge est le mieux connu. Mais la tradition judaïque, dès le Ve siècle avant l’ère chrétienne, recommande au mari de faire jouir sa femme afin de la satisfaire et de mieux assurer sa descendance. Au moyen âge, la tradition kabbalistique voit dans l’union de l’homme et de la femme au sein du mariage, un acte symbolique de processus métaphysique, qui renforce cette notion. « Sachez, mes fils, qu’il n’est pas parmi toutes les choses saintes, de sainteté plus grande que celle du coït, lorsqu’il est accompli en sainteté, car il est alors à l’image et à la ressemblance du monde supérieur et provoque l’union supérieure, mystère de Tif’eret et de Malkhut (Isaïe Horowitz, Shenei Luhot ha-brit). Plus tard, la littérature juive insistera sur ce qui est nommé la « joie » de la femme (simhat ishto) : « L’homme est tenu de procurer du plaisir à sa femme durant l’acte sexuel, un des moments où se manifeste le mieux l’exigence de respect et de bonheur sur laquelle repose la morale conjugale juive. »(Jacob Katz, La société juive à travers l’histoire.) En Orient, dès la période Han (453-230 avt JC), Wou-hien rappelle que le yin (féminin) est «long à émouvoir et lent à rassasier», et qu’il appartient au yang (masculin) d’apprendre l’art de savoir y arriver.

Les quelques échappées que l’on peut recenser au fil des siècles ne sont que des exceptions qui confirment la règle. Et la règle est de réserver la sexualité féminine à la reproduction et à la douleur de l’enfantement, pas au plaisir.

Egoïste ou manque de synchronisation?

Aujourd’hui, depuis les années soixante, la femme revendique bien haut son droit au plaisir. L’homme dit éjaculateur précoce est stigmatisé comme un dangereux macho, ne se préoccupant que de son plaisir personnel, et refusant à sa partenaire l’orgasme tant attendu. Mais l’orgasme de la femme, lui, est bien long à obtenir. La différence de rythme entre les hommes et les femmes, physiologique au départ, doit donc être compensée par un apprentissage de l’homme lui permettant d’harmoniser ses réactions. Dans le cas de l’éjaculateur précoce, cette coordination est impossible à réaliser, et même à imaginer, mais ce n’est pas faute de s’y être essayé. L’éjaculation précoce n’est pas une maladie, mais elle traduit plutôt un décalage de rythme entre deux individus biologiquement dissemblables.

Dans l’éjaculation précoce, c’est l’homme qui apparait comme un coupable, mais ne s’agit-il pas en fait d’un couple dans lequel il n’est pas possible de trouver un langage commun d’accession à un plaisir partagé? Ne serait-ce pas plutôt l’un des aspects de la problématique du couple, et l’une des nombreuses facettes de la difficulté d’être à deux. La résolution de ce problème dépend davantage de l’histoire personnelle de chaque homme, de ses premières expériences sexuelles comme de ses premières empreintes affectives, que de son bon vouloir.

Qui est éjaculateur précoce?

Pratiquement tous les jeunes gens sont éjaculateurs précoces, emportés dans le tourbillon de sensations qu’ils partagent pour les premières fois, mus par leur désir de jouir et le plaisir de la découverte de l’orgasme à deux, après de rapides mais fréquentes masturbations solitaires.

Un homme sur deux à la maturité arrive spontanément à une bonne coordination de son éjaculation. Lorsque les premières expériences sexuelles se déroulent mal, dans la hâte et l’inquiétude, la peur d’être découvert, quand la partenaire se fait trop pressante et a tendance à précipiter la pénétration, le jeune homme risque de conditionner durablement un comportement d’éjaculateur précoce. S’il ne se sent pas à l’aise dans son corps, complexé physiquement, par son inexpérience, par celle de l’autre, il aura du mal à entrer dans la sensualité du moment et à apprendre spontanément à faire durer la relation sexuelle.

Apprendre à retarder son éjaculation est un apprentissage qui nécessite de la confiance en soi et une partenaire sachant s’abandonner au plaisir.

Une réalité physiologique

L’éjaculation est en pratique un phénomène qui se décompose en deux temps.

Une phase de préparation précède l’éjaculation elle-même. Les spermatozoïdes, mobilisés par l’excitation, vont s’accumuler dans la partie prostatique de l’urètre, où ils s’enrichissent en liquide spermatique, c’est-à-dire en carburant capable de les nourrir pendant leur long périple vers l’ovule.

Les fibres musculaires lisses se contractent progressivement et provoquent la mise en tension de la paroi de l’urètre. L’expulsion du sperme se fait dans un deuxième temps, sous l’effet conjugué de la contraction des muscles périnéaux, de la musculature de l’urètre et des sphincters prostatiques. Ces deux phases correspondent à des signaux sensoriels très différents et facilement identifiables.

La période de préparation est liée à tout un ensemble de sensations progressivement croissantes, qui vont de l’annonce de l’éjaculation (ressentie comme un petit frottement dans le ventre) à l’envie imminente d’éjaculer.

La phase d’expulsion se produit au sommet de ces perceptions et conduit, par petites contractions saccadées, à la sortie du sperme et à l’orgasme, sensation psychologique de plaisir qui l’accompagne.

Chaque temps est parfaitement perceptible pour qui sait écouter les signaux de son corps. La phase préparatoire se ressent comme un signal prémonitoire, la phase d’expulsion correspond à la sensation d’imminence de l’éjaculation bientôt suivie de l’orgasme lui-même.

S’il est possible à un homme d’intervenir pendant la période de préparation de l’éjaculation et de la retarder, la phase d’expulsion du sperme, elle, est inexorable. Tout va donc se jouer lors de la phase de préparation à l’éjaculation, et de la perception des premiers signaux de la sensation d’envie d’éjaculer: Va-t-on foncer vers l’éjaculation en continuant les mouvements de va et vient? ou bien va-t-on préférer ralentir, se retirer et marquer une pause câline avant de reprendre la pénétration?

Comment faire?

La réalité physiologique impose à l’homme une séquence programmée le conduisant à son éjaculation quelques secondes après l’intromission, en dix à quinze mouvements de va-et-vient. Pris en étau entre la rapidité bien physiologique de son éjaculation et le désir tout aussi naturel de sa partenaire d’accéder à l’orgasme, il va avoir le choix entre trois types de comportements bien différents au moment où il perçoit son éjaculation. Trois manières d’exprimer par l’intermédiaire de son corps ce qu’il est, ce qu’il ressent, ce qu’il souhaite inconsciemment.

Accélérer

Le déclenchement des premières sensations d’envie de jouir peut par exemple provoquer un comportement d’accélération de l’éjaculation. L’homme va alors s’empresser de pénétrer, ou bien il va accentuer la cadence de ses mouvements de va-et-vient. Cette manière de faire est la plus spontanée, pourquoi faire durer l’attente de quelque chose d’aussi bon que la jouissance ?

Retenir

Une autre attitude consiste pour l’homme à provoquer involontairement l’accélération de l’éjaculation tout en essayant désespérément de la retenir. Dans ce mouvement d’«accélération-freinage», c’est tout un univers de techniques plus ou moins élaborées, plus ou moins efficaces (mais plutôt moins que plus) qui sont mises en œuvre pour lutter contre l’éjaculation que l’on sent s’échapper.

Il peut par exemple tenter de respirer par mouvements amples ou saccadés. Il peut aussi bander tous ses muscles périnéaux en un effort de tension du corps qu’il associe généralement à une intense contraction de sa verge, dans l’espoir de tenter de retenir l’éjaculation. Il peut mentalement tenter de bloquer son éjaculation en cherchant à se l’interdire mentalement. Ou bien encore, il va s’efforcer de penser à autre chose : Des idées qui l’emmènent très loin de son lit et de l’érotisme du moment, et qui sont sensées conjurer l’éjaculation (compter les moutons, revoir sa feuille d’impôts, se rappeler du kilométrage de sa voiture, etc.).

Tous ces comportements reposent sur l’idée, pas toujours très consciente, qu’il est possible d’exercer sa volonté en allant à l’encontre de son corps. Mais le corps, lui, n’en fait qu’à sa tête.

De fait, la contraction des muscles accélère l’éjaculation en renforçant la contraction prostatique responsable de l’expulsion du sperme. L’effort de contraction est d’ailleurs bien souvent responsable, en prime, d’une perte d’érection, dès qu’un certain relâchement de la sangle abdominale se fait jour, sous l’effet du vieillissement ou de la prise de poids. Penser à autre chose ne permet là encore que de perdre son excitation, donc son érection. Faire des exercices respiratoires ou de yoga n’est pas toujours très bien perçu par une partenaire s’étonnant et se déconcentrant, voire prise de fou rire.

Certains hommes essaient aussi quelquefois de poser un élastique à la base du pénis, ou bien de pincer fortement avec les doigts leur pénis, leur gland ou encore la base du scrotum, au moment de la jouissance, ainsi qu’ils l’ont lu dans certaines publications.

Ces méthodes souvent mal comprises et mal exécutées, sont, elles aussi, sans résultat, car mises en œuvre dans le même esprit de retenir un phénomène par ailleurs naturel et inexorable. Dans cette dynamique de lutte contre son propre corps, l’homme accélère le processus qu’il voudrait ralentir et jette les bases d’un décalage toujours croissant entre sa volonté d’une part, et les mouvements frénétiques de son corps. La résultante en est une espèce de dissociation corps/esprit qui va accentuer l’éjaculation précoce et la sensation de désarroi de l’homme. Une véritable sensation de panique est souvent décrite par ces hommes au moment de l’orgasme, qui vont à la fois freiner et accélérer dans le même mouvement compulsif. Certains en viennent même à ressentir un véritable dégoût pour une éjaculation qui ne s’accompagne pas chez eux d’une sensation d’orgasme partagé et qui finit par les conduire à espacer les rapports sexuels.

Plus simplement et plus efficacement

Il existe un comportement d’un troisième type, qui ne tend pas à lutter contre l’excitation bien naturelle du moment, mais qui va permettre d’en jouer, tout simplement.

Pour un homme détendu et qui connaît son corps sans le craindre, un véritable jeu érotique qui tient compte de ses sensations peut s’instaurer et contenir l’éjaculation dans sa phase de préparation tant qu’il ne décide pas de se donner le feu vert, et sur une durée qui peut s’avérer très longue.

Il faut pour cela savoir de reconnaître les signaux avant-coureurs de l’éjaculation avant qu’ils ne s’amplifient. Dès le repérage des signaux corporels annonçant l’éjaculation, il lui suffira d’arrêter le mouvement en cours et de marquer une pause câline en privilégiant les inépuisables ressources de l’érotisme, et d’un échange moins sexuel, mais plus sensuel.

Les hommes qui n’ont pas d’éjaculation précoce alternent ainsi harmonieusement pénétrations et retraits avec caresses externes dans un jeu érotique véritable. Cela permet aussi de changer de position et d’enrichir l’échange sexuel entre partenaires. C’est le cas spontanément de plus de la moitié des hommes.

Quel précoce êtes-vous ?

Vous l’avez compris, l’éjaculation précoce n’est pas la conséquence d’un égoïme forcené ou du manque d’égard pour la partenaire, mais bien soit d’une ignorance, soit d’une anxiété, soit encore du manque d’harmonie entre partenaires.

Ignorance

C’est souvent le cas des plus jeunes, et la conséquence de l’inexpérience et de l’inquiétude. Le tout jeune homme connaît mal son corps et celui de l’autre, ou se sent inquiété par son fonctionnement. Souvent, cette ignorance s’appuie sur l’inexpérience.

La timidité, une mauvaise image de soi, les tabous peuvent renforcer cette ignorance et empêcher l’acquisition de l’expérience, seule à même de permettre l’accès à la maîtrise de l’éjaculation.

Certains processus d’ordre physique peuvent aussi entraver cette acquisition. La rétraction du frein du prépuce (plus fréquemment appelé filet), certaines adhérences prépuciales (phimosis), l’abus de toxiques (cannabis) ralentissent ou empêchent véritablement cette acquisition.Un geste chirurgical pourra s’imposer dans certains cas, et la libération du prépuce permettra alors de remédier à la précocité.

Mais aucune intervention chirurgicale ne permettra à elle seule d’acquérir un bon rythme. L’arrêt de la consommation de cannabis ne suffira pas non plus. Le geste chirurgical ou l’arrêt du toxique permettent seulement de se retrouver au degré zéro du savoir-faire, le reste est encore à apprendre.

Quelquefois, mais heureusement plus rarement, c’est une dysmorphophobie, c’est-à-dire un trouble de l’image du corps, qui va mettre en forme la difficulté de prise en compte de la réalité corporelle. Par exemple, un jeune homme peut être persuadé que son pénis est trop petit pour lui permettre une relation sexuelle. La taille réelle du pénis n’a ici, bien entendu, pas réellement d’existence concrète. Il s’agit d’un pénis fantasmé, dont l’image repose sur une altération du Moi. Dans ce cas de figure, qui nécessite une prise en charge psychiatrique, le pénis n’est jamais assez grand dans l’imagination de l’homme, pour lui permettre l’accès à l’autre dans la dimension sexuelle.

Chez un homme plus âgé, il s’agira volontiers d’une méconnaissance psychique. Les tabous, les interdits, ceux de la partenaire, empêchent un jeu sexuel et sensuel harmonieux. Le refoulement, certaines timidités confinant à la phobie, tisseront la trame de cette ignorance de son propre corps et de celui de l’autre, alimentant l’éjaculation précoce. Dans ce cas, le symptôme traduit une psychologie plus complexe.

Frénésie

Quelquefois, l’éjaculation précoce repose sur une espèce de frénésie qui sert de trame à l’ensemble du fonctionnement. Le sprint à l’orgasme est ici la règle. Bien souvent, le précoce frénétique a un seuil de déclenchement de ses sensations orgastiques très bas situé : l’envie de jouir se produit très tôt. Mais il est bien difficile de dire si ce constat s’appuie sur une particularité physiologique ou si ce seuil bas situé s’est peu à peu mis en place, à la suite de rapports de plus en plus rapides et hâtifs.

Bien souvent, il s’agit d’un individu rapide dans ses gestes, son fonctionnement général. Il a du mal à fixer son attention, à se poser. Il a tendance à rechercher une satisfaction immédiate de ses moindres envies en général. La faim, la soif, le sommeil sont des besoins frénétiques qui ne peuvent pas attendre et qu’il faut satisfaire dès que l’envie s’en fait sentir. En matière de sexualité, il a tendance à chercher à avoir un rapport sexuel dès qu’une érection se manifeste et confond besoin et désir.

Ce besoin de satisfaction immédiate le fait bien souvent avoir des rapports sexuels sans trop se soucier de celui de la partenaire, qui aura tendance à se sentir « chosifiée ». Dans la majorité des cas, il s’agit d’hommes souffrant de distorsion du temps. C’est un peu comme si les différentes étapes de la séquence sexuelle se contractaient en un processus coupé de toutes références temporelles et érotiques, et où passé, présent, et futur se réduisaient à un seul temps rétracté et vide de sensualité.

Le précoce frénétique n’a pas encore accédé au plaisir décuplé de l’attente. À l’extrême, le précoce frénétique se préoccupera bien peu de savoir quelle femme va le satisfaire, une femme en valant bien une autre, la masturbation étant la plupart du temps proscrite chez ces hommes à potentialités érotiques réduites. La relation sexuelle n’étant jamais autre chose qu’une masturbation à deux ! La qualité relationnelle de cette sexualité est bien entendu assez limitée.

Absence de perception

Il arrive dans certains cas que l’éjaculation s’avère impossible à gérer car impossible à repérer. Certains hommes ne ressentent les signes annonciateurs de l’éjaculation que lors de la sortie de sperme. Il leur est donc difficile d’intervenir. Cela peut se produire chez tous lors d’un moment de stress, mais cela peut aussi être la règle chez certains hommes, entraînant de manière systématique une éjaculation souvent hyper-précoce, parfois même avant toute pénétration. C’est là que les propriétés pharmacologiques de certains médicaments peuvent avoir toute leur utilité, afin d’aider l’apprentissage de la gestion de l’éjaculation.

Panique

Pour la plupart des éjaculateurs précoces, la sensation d’envie de jouir provoque une sorte de panique corporelle et psychologique qui va brouiller les commandes du corps et déboucher sur un comportement incohérent et désynchronisé, associant à la fois activation de l’éjaculation et lutte contre le déclenchement de cette éjaculation. La résultante en est bien entendu une sortie du sperme hyper-précoce.

La panique est rarement sous-tendue par une problématique psychologique grave ni par un trouble relationnel véritable. La plupart du temps, il s’agit d’hommes trop préoccupés par la nécessité de bien faire ou, assez paradoxalement, trop centrés sur le plaisir de leur partenaire, au détriment du leur.

Là encore, il faudra différencier la panique du jeune homme confronté à ses premières expériences sexuelles, de la panique du sujet mûr. Dans le premier cas, une information sur l’apprentissage de la sensualité permettra très rapidement de dépasser la difficulté. Dans le deuxième cas, il s’agit d’hommes ayant inscrit leur sexualité dans une difficulté relationnelle, une problématique œdipienne, des peurs diverses : peur des femmes, de la fécondation, des microbes…

Précocité secondaire

Certains hommes ont eu à une période de leur vie une maîtrise satisfaisante de leur éjaculation, mais présentent un jour une impossibilité à la retrouver. Cela se produit généralement lors d’une période de vie particulièrement stressante ou lors de difficultés de remise en route après une longue abstinence.

Mais la plupart du temps, ce type de difficultés se met en place lors de la rencontre d’une partenaire elle-même fragile dans son fonctionnement sexuel, ayant des difficultés à jouir, souvent très passive, trop centrée sur son propre plaisir, et qui presse l’homme d’aller plus vite, de continuer, de pénétrer trop vite, d’accélérer le mouvement. Il en est de même pour les éjaculations précoces survenant au décours d’une relation de couple devenue problématique, d’une relation à deux conflictuelle.

Le temps retrouvé

Quelques règles simples peuvent permettre de lutter efficacement contre une éjaculation trop rapide.

Préliminaires

Ils sont à privilégier. Ils sont essentiels pour permettre à sa partenaire de commencer à s’abandonner. C’est aussi l’occasion pour elle de jouir d’un premier orgasme, externe celui-là. Un

orgasme clitoridien permet à la femme d’arriver plus sûrement et plus rapidement ensuite à un orgasme vaginal. Ses sécrétions accrues vont permettre à l’homme une pénétration plus aisée. Une fois cette première jouissance obtenue, il est plus facile à l’homme de se laisser aller et d’oublier ses inquiétudes.

Penser à s’arrêter

Savoir prendre le temps de ralentir, de s’arrêter, et même de se retirer garantit la poursuite à volonté du rapport sexuel. La jouissance ainsi obtenue sera bien supérieure en intensité que celle obtenue lorsque tout échappe au premier contact sexuel.

Une partenaire plus expérimentée, une image de soi harmonieuse, une sensualité plus développée, une meilleure capacité d’adaptation vont faciliter le contrôle de l’éjaculation.

Quand consulter?

Le recours au sexologue peut permettre une guérison très rapide, quelques séances feront prendre conscience au patient de son corps, du corps de l’autre, et de son aptitude à la temporisation de l’éjaculation. La sexothérapie consiste en un ensemble d’entretiens en face à face, permettant l’information et la dédramatisation de la difficulté. Elle s’appuie sur des exercices pratiques à réaliser entre partenaires qui seront autant d’étapes permettant de progresser jusqu’à une synchronisation harmonieuse de l’éjaculation.

Dans un premier temps, le patient doit apprendre à différentier envie d’éjaculer et éjaculation. Il doit dissocier ces deux éléments qui lui sont toujours apparus comme imbriqués l’un dans l’autre de manière inéluctable. L’éjaculateur précoce croit fréquemment que c’est une trop forte excitation qui le fait éjaculer. Mais avoir faim n’est pas manger. La faim, comme l’envie de jouir, sont des sensations qui s’imposent à l’individu. Manger, éjaculer, sont des comportements, des actions coordonnées, dans lesquels le corps se met en mouvement, programmé par un désir de satisfaction que l’on peut à volonté différer. Le besoin de manger, de jouir n’impose pas obligatoirement le désir de manger ou de jouir, et engage encore moins l’action. Il est possible de dissocier les deux en arrêtant le processus quand il en est encore temps. Les règles culturelles en vigueur imposent par exemple que tous les convives soient à table et que la maîtresse de maison soit servie pour commencer à manger. Dans le cas de l’éjaculation, le désir de satisfaire la partenaire peut prévaloir et faire prendre le temps de la satisfaction. Mais surtout, le plaisir personnel obtenu en différant l’éjaculation, selon ses désirs, est bien supérieur à celui obtenu quand l’éjaculation se produit au moment du simple besoin d’éjaculer. C’est cet objectif de plaisir démultiplié qui doit être le fil conducteur permettant de rompre avec l’éjaculation précoce, bien plus que l’obligation de répondre aux critères sexuels actuellement en vigueur.

La coordination de l’éjaculation s’appuie sur la compréhension du temps sexuel. Besoin et désir mettent en forme un scénario érotique qui va se jouer en plusieurs temps pour conduire à la satisfaction sexuelle du sujet et de la partenaire. Décomposer le temps qui s’écoule entre mise en forme du scénario érotique et action sexuelle renforce le plaisir sexuel. Une fois bien comprise, cette distinction fondamentale entre besoin et désir, il s’agit de se donner les moyens d’y arriver. Un entraînement progressif le permettra. La masturbation, seul ou lors de jeux érotiques avec la partenaire, va aider l’homme à prendre conscience des différentes étapes corporelles qui le conduisent du besoin d’éjaculer à la temporisation de son éjaculation. Il apprendra ensuite à arrêter les caresses dès que l’envie de jouir se fait sentir, pour les reprendre avec l’arrêt de cette même envie.

En quelques rapports, il est possible d’apprendre à jouir au moment où on le souhaite véritablement, après satisfaction de la partenaire. Le temps, la connaissance et la réciprocité entre partenaires finiront de parachever une bonne harmonisation entre partenaires. À toutes les étapes de cette acquisition, le rôle du sexologue est de soutenir le patient dans cette découverte de lui-même, pas toujours facile, de s’assurer de la participation de la partenaire, pas toujours évidente. Il joue un rôle d’information, de coordination et de renforcement positif.

Que penser des traitements pharmacologiques?

L’éjaculation précoce est un comportement et non une maladie. Un médicament peut aider à l’acquisition d’un comportement mais ne remplace pas l’effort individuel à fournir. De quelle aide médicamenteuse disposons-nous aujourd’hui?

Pommades anesthésiantes

Certaines pommades anesthésiantes, formulées pour d’autres affections, sont proposées par certains. Elles sont censées faire diminuer l’excitation, et donc éviter l’éjaculation. Malheureusement, le problème n’est pas de faire baisser l’excitation, qui est un phénomène tout à fait normal et au contraire souhaitable pour le maintien de l’érection. Il s’agit en fait d’apprendre à mieux la connaître, à l’apprivoiser, afin de mettre en place un comportement adapté à son désir : désir d’éjaculer ou désir de prendre le temps de la jouissance.

Les pommades anesthésiantes, utiles pour des anesthésies locales, ne le sont pas pour retarder l’éjaculation. De plus, elles sont formulées à base de xylocaïne, pour la plupart, et souvent responsables d’allergies cutanées qui ne vont rien arranger. Elles ne peuvent que compliquer un peu plus la difficulté, sans jamais réussir à la résoudre.

Antidépresseurs

Les antidépresseurs ont aussi souvent été proposés. En particulier ceux appartenant à la classe des IRS (inhibiteurs de la recapture de la sérotonine), qui sont des régulateurs de la sérotonine.

Ces substances ont, en effet, la propriété d’augmenter le seuil de déclenchement de l’orgasme et donc de permettre une amélioration de l’éjaculation précoce, le temps de la durée de prise du médicament. Elles ne sont cependant pas dénuées d’effets secondaires et ne permettront jamais à elles seules de trouver une solution définitive et cohérente au problème posé.

Rarement, certains hommes n’ont pas la capacité psychologique ou intellectuelle de comprendre ce qui se passe dans leur corps et de s’y adapter, et l’antidépresseur à faible dose sera dans ce cas un pis-aller à ne pas négliger.

Lorsque l’éjaculation est hyper-précoce, cela peut avoir un intérêt non négligeable, à condition de coupler la prise du médicament avec une sexothérapie destinée à modifier en profondeur le comportement sexuel.

Les autres médicaments

Les alpha bloquants, maintenant largement utilisés en particulier dans les maladies prostatiques, ont une action sur la phase sécrétoire de l’éjaculation qu’ils retardent. Leur utilisation dans cette indication est sujette à de grandes réserves.

Depuis l’apparition des injections intracaverneuses, et surtout des médicaments oraux de l’érection[i], il est possible de soutenir l’érection, et cela a aussi modifié les traitements de l’éjaculation précoce. Les inducteurs de l’érection ne sont pas à même de permettre la modification du comportement aboutissant à l’éjaculation précoce. Ils ne peuvent donc pas assurer à eux seuls une guérison, mais peuvent en être un élément de choix dans certaines indications bien précises, en particulier chez les plus âgés.

Autour de la cinquantaine, en effet, apprendre à se retirer pour gérer son éjaculation peut faire craindre une perte d’érection. La prise d’un médicament de l’érection (viagra, Levitra ou cialis) peut faciliter cet apprentissage.

D’autres médicaments sont encore à l’étude, comme la Dapoxétine, dérivée des IRS (inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (lien 8)) Les premières études de ce médicament ont été très prometteuses. Mais la commercialisation en Europe est encore à venir. Le Tramadol a aussi été cité et étudié dans ce type d’indications, mais avec des effets secondaires suffisamment importants pour en limiter l’utilisation

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